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France-Turquie : un ambassadeur pas très diplomate

Quelle mouche tropicale a donc piqué Ahmet Kavas, l’ambassadeur de Turquie au Tchad ? Ce professeur de théologie, récemment nommé à son poste à N’Djamena, a décidé d’entrer dans la carrière diplomatique en rédigeant un tweet cinglant à propos de l’intervention militaire française au Mali : « Le mot terrorisme est une invention française. Impossible que ce soit le fait de musulmans ».
À cette réflexion théologico-philologique, l’ambassadeur ajoute l’observation suivante : « il ne faut pas confondre Al-Qaïda avec le terrorisme »… Une bourde ? Très certainement. On peut parier que ces tweets dignes d’une première Dame de France embarrassent Ankara et son ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, qui est aussi un parent de l’ambassadeur. Mais si on examine la carrière de M. Kavas,  on reconnaît le parcours typique des « hommes nouveaux » qui gèrent la Turquie d’Erdogan. Né dans un petit village, il fait ses études à l’université de théologie d’Ankara, avant de partir compléter sa formation… en France, notamment auprès de  Jean-Louis Triaud, historien spécialiste de l’histoire de l’islam et des sociétés musulmanes d’Afrique.  De retour en Turquie, le futur ambassadeur a intégré le Centre de recherches islamiques (ISAM), dont la mission affichée est « de promouvoir  une recherche véridique et scientifique et une représentation non faussée de l’histoire, la culture et la civilisation islamique turque ».  Pas besoin d’être docteur en théologie pour comprendre qu’il s’agit d’un organisme de propagande maquillé en institution universitaire. Il a ensuite été nommé professeur de théologie à l’université d’Istanbul puis conseiller auprès du Premier ministre avant d’être envoyé au Tchad début 2013 en qualité d’ambassadeur.
On peut donc présumer sans trop de risques que malgré leur manque de finesse et de discrétion, les idées de M. Kavas ne déplaisent pas foncièrement aux dirigeants d’Ankara et que la pensée de ce diplomate témoigne d’un état d’esprit largement répandu dans la haute administration turque.
Alors que tout le monde parle de dialogue, rappelons que celui-ci demande au minimum un langage commun, ce qui est de moins en moins le cas entre la France et la Turquie. Mais peut-être le mot « diplomatie » est-il lui aussi une diabolique invention française ?


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est historien et directeur de la publication de Causeur.

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