C’était il y a quinze jours-un mois. L’Assemblée nationale n’avait pas encore voté la loi instaurant le mariage et l’adoption pour tous – ce serait chose faite mi-février, prévoyait-on. Dans la rue, les « pro » et les « anti » défilaient en masse. Le blouson noir floqué du logo blanc « Banana Café »[1. Mythique bar gay parisien. Son actuel propriétaire reproche à Frigide Barjot d’utiliser l’image de son établissement pour une cause qu’il ne partage pas.] qu’enfilait Frigide Barjot donnait un petit côté skinette à la pom-pom girl des « family pride ». Jimmy Somerville, sors de ce corps ! De quoi je me mêle ? Il s’y sent bien, l’ex-Bronski Beat, dans le bomber à maman, à coup sûr un collector. Il y feels love et n’en veut point sortir.
Frigide a adopté Jimmy, et Donna Summer avec, et la pop early eighties par la même occasion. C’est qu’elle en a fait, des orphelins, la décennie rose-noire. Sainte Frigide des backrooms, rédemptrice des années sida – du sida mortel. « On vous aime ! », clamait la « fille à pédés »[2. Elle se décrit comme telle dans un court essai de sa main : Touche pas à mon sexe ! Contre le « mariage » gay, éditions Mordicus, collection Coups de gueule, 2012, 30 pages.] en body pinky. Ses « pothomos »[3. L’expression est de Frigide Barjot, également dans Touche pas à mon sexe ! … L’auteur y raconte notamment un amour impossible avec un homosexuel, qui mourra.], auxquels s’adressait cette déclaration d’amour, la rembarraient : chérie, t’es en retard d’une guerre, l’époque où nous nous trémoussions, la nuit, en ta compagnie, sur les tables du « Banana », où nous crevions à l’aube, c’est fini. Alors, le p’tit Jimmy et la Summer, garde-les si tu veux mais nous, tu nous lâches. Ta compassion de bonne sœur, on n’en veut pas. On est des vivants, pas des mourants.
Ce dialogue n’a pas existé, il n’avait pas lieu d’être. C’était pourtant un peu le sujet aussi.

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