Jadis, les femmes à barbe étaient de sympathiques phénomènes de foire. On se pressait en famille sous des tentes obscures afin d’admirer la pilosité extraordinaire de ces femmes uniques. Elles prenaient place à côté de l’homme cyclope ou des sœurs siamoises. Cela faisait des tableaux saisissants. Aujourd’hui, ce n’est plus la même chose : elles sont féministes et accablent le grand public de happenings assommants. En effet, les femmes à barbe appartiennent désormais toutes à l’association « La Barbe » qui se singularise depuis des années par ses actions « coup de poings » lors des conseils d’administrations pour dénoncer l’absence de femmes à la tête des grandes entreprises, ou les inégalités salariales. Affublées de barbes postiches (car oui, la femme à barbe n’est de nos jours qu’une grotesque contrefaçon…), elles brandissent des pancartes et tiennent des paroles pleines de sérieux.
La semaine dernière, elles ont frappé là où ne les attendait pas : à la conférence de presse de présentation de la saison 2013-2014 de l’Opéra Bastille. Elles ont protesté contre la « tenue virile » de la programmation… « Pour ne prendre que les opéras, les 19 œuvres programmées, 19 compositeurs, 19 virils librettistes, 19 metteurs en scène et 18 chefs d’orchestre masculins sur 19 » ont-elles dénoncé. Voilà des femmes qui aiment bien tenir des comptes…  Ivres de parité, on a hâte qu’elles s’attaquent également aux musées nationaux (où l’on compte bien peu de femmes peintres – et tant d’Origine du monde) ou au fonds de films de la Cinémathèque où les femmes sont plus souvent actrices ou script-girls, que réalisatrices…
On pensait cette petite polémique anecdotique… On apprend dans Diapason, que la Ministre de la Culture Aurélie Filippetti n’est pas loin de soutenir les gazelles à barbe. Le mensuel spécialisé dans la musique classique révèle des extraits d’un courrier qu’elle a adressé à la direction de l’opéra : « Qu’aucune cheffe d’orchestre ni metteure en scène ne soit invitée par un théâtre national constitue une atteinte au principe élémentaire d’égalité des sexes à laquelle il convient de remédier ». (On souligne au passage la féminisation ridicule de chef d’orchestre et metteur en scène…)
Pour en revenir aux femmes à barbe, le directeur adjoint de l’Opéra Christophe Tardieu a tenté de rassurer ces demoiselles – tandis qu’elles étaient raccompagnées poliment à la sortie, avec une promesse pleine d’humour : « Tous les rôles de femmes seront bien chantés par des femmes… »
Ouf !

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