On n’est plus chez nous. C’est l’invasion. Ils sont partout !

Quoi donc ?

Les drapeaux bleu-blanc-rouge sur Facebook.

Que tous les pays où des gens se sentent solidaires de nous enluminent leurs plus beaux monuments à nos couleurs, passe encore. Qu’un logo en forme de tout Eiffel peace and love s’affiche à tous les coins de rue, c’est cool. Que des érudits aient même déterré une locution latine – latine ! – pour rappeler que Paris sera toujours Paris, à la limite, d’accord. Il paraît que c’est la devise de la ville. Mais de là à appliquer un filtre tricolore sur nos photos de profil Facebook, il ne faudrait tout de même pas pousser mémé dans la Seine. Là, on passe les bornes.

Ni une, ni deux. Sur le réseau social, un brave militant d’extrême gauche annonce à ses contacts son intention d’« effacer tous ses amis Facebook qui mettront le drapeau », parce que « désolé, il existe d’autres symboles ». Ah bon, mais d’autre symboles de quoi ? Parce que le symbole le plus universellement connu de la France comme de la plupart des autres pays, jusqu’à preuve du contraire, c’est son drapeau. Oui mais bon, quand même, fait remarquer une féministe intégriste, tout ce bleu-blanc-rouge, ça « donne une allure FN à Facebook ».

Ce que vient faire le Front national dans cette affaire ? Selon un neuroscientifique déniché par Rue89 pour l’occasion, « on ne peut ignorer qu’une fraction de la population attribue à ce même symbole une connotation guerrière ». Diantre ! Et l’omniprésence de photos de profil bleu-blanc-rouge parmi vos contacts virtuels indiquerait que vous êtes « enclin au sentiment national voire au nationalisme politique ». Cyberfacho, va.

A l’inverse, et plus grave encore, « une proportion de 0% pourrait refléter l’appartenance à un milieu radicalisé », ce qui constituerait « une information finalement précieuse pour les dispositifs de surveillance automatisés récemment mis en place dans le cadre de la loi relative au renseignement ». Oh my God ! Cachez vite ce drapeau qui pourrait servir, par contraste avec son absence notable chez d’autres, à identifier nos ennemis ! Un peu de respect pour l’anonymat de ces islamistes massacreurs d’innocents dont vous pleurez les victimes !

Selon notre chercheur en cerveau malade de la France, cette option permettrait en outre à Facebook d’enregistrer qui a « amené 30 personnes à se « convertir » au bleu-blanc-rouge », et qui n’en a « converti » qu’une ou deux. Et ce, dans le but de déterminer qui a le plus d’influence sur vous. Non pas pour évaluer votre propension à vous laisser convaincre par n’importe qui de faire n’importe quoi, comme le djihad en Syrie par exemple, mais tout simplement … pour monnayer tout ça auprès des annonceurs publicitaires.

« Cette fonctionnalité doit nous interpeller au-delà des divergences sur le sens politique, culturel et social associé au drapeau lui-même », nous explique donc notre spécialiste du cerveau franchouillard. Mais étrangement, il ne s’attarde pas sur le fait que la même option avait déjà été proposée par Facebook à ses utilisateurs du monde entier « au moment de l’adoption du mariage pour tous (sic) aux Etats-Unis avec le célèbre gay flag multicolore ». Daech et la Manif pour tous, même combat ? Perso, on préfère en rire qu’en pleurer.

Si notre neuroscientifique 2.0 s’excite sur l’adoption du « code couleur » national par tant d’internautes, il semble beaucoup moins informé quant aux contenus diffusés sur Facebook par l’Etat islamique et ses copains. Ces images ou vidéos de propagande, parfois insoutenables, sont encore et toujours relayées par des milliers de membres du réseau social numéro un au monde. Mais il y a plus grave : suite au signalement de contenus clairement liés au djihadisme, nombre d’utilisateurs ont reçu un message indiquant que ceux-ci « n’enfreignent pas les standards de la communauté Facebook ».

Facebook Daech

Mark Zuckerberg supporte mieux les têtes coupées que les tétons dénudés, et n’a pas l’air trop préoccupé par le nombre de gens souhaitant nous « convertir » à l’islamisme radical. Mais des Français, qui viennent pourtant de subir les pires attentats de leur histoire, s’en tamponnent le coquillard : eux, ils trouvent surtout qu’il y a beaucoup trop de drapeaux bleu-blanc-rouge sur Facebook. On se croirait revenu aux heures les plus sombres de la Coupe du monde 98, tiens.

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Pascal Bories
est journaliste.est journaliste.
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