La presse française vit au rythme des émeutes noires qui secouent les Etats-Unis dès qu’un Noir est tué par un policier blanc. Quand c’est un policier noir – il y en a beaucoup dans les rangs de la police américaine – qui tue un Noir – et ça arrive souvent –, il n’y a pas d’émeute ! Les policiers noirs ont manifestement des privilèges que n’ont pas leurs collègues blancs. Mais nos journaux n’ont que faire de ce genre de « chochotterie ». Ils écrivent : « Encore un Noir tué par des policiers blancs ».

On en déduira que les flics (blancs) américains ont la gâchette facile. Ce n’est pas faux. Mais aux Etats-Unis, tout le monde a la gâchette facile y compris les délinquants et les criminels. En effet, il est facile là-bas de se procurer une arme. Le tueur de Dallas qui a assassiné cinq policiers en avait une en parfait état de marche. Sa personnalité est intéressante. Et son portrait a toute sa place — en tout cas, on devrait la lui donner — dans la litanie répétitive du « encore un Noir tué par un policier blanc »

Il était ce qu’on pourrait appeler un suprématiste noir. Entièrement, fondamentalement, frénétiquement animé par la haine du Blanc. C’est pourquoi, il avait adhéré à Nation of Islam, une organisation qui, en Europe – aux Etats-Unis beaucoup de choses sont permises – serait interdite pour racisme. Le credo de ce mouvement : Allah, délivre-nous du mal blanc ! Car Nation of Islam a le corps tourné vers La Mecque, la religion chrétienne étant vue comme celle des esclavagistes blancs. Cette sympathique organisation n’a eu aucune difficulté à oublier que, pendant des siècles, les Arabes pratiquèrent l’esclavage et la vente du bois d’ébène. Comme elle oublie que c’est dans cet haïssable Occident blanc qu’est né un puissant mouvement anti-esclavagiste…

Restons encore un peu avec « encore un Noir tué par des policiers blancs ». Il y a des chiffres. Et les chiffres, eux, ne mentent pas contrairement au « encore un, etc. » Ils sont dans Le Monde qui a puisé dans la presse américaine, singulièrement moins hystérique que la nôtre. En 2016, plus de 500 personnes sont tombées sous les balles de la police. Parmi elles, 123 Noirs c’est-à-dire 27,3 % de tous les morts. Les Noirs représentent 12,6 % de la population américaine. Les Hispaniques sont également surreprésentés dans cette macabre statistique : 79 morts, 17,6 % de l’ensemble, pour  8,7 % de la population américaine.

Ces chiffres n’ont de sens que si on les met en rapport avec la population carcérale américaine : plus de 60 % des détenus sont d’origine noire ou hispanique. Oui, il y a une énorme et violente criminalité chez les Noirs et les Hispaniques. Les raisons ? La misère, l’acculturation, l’atomisation, ou plutôt la désintégration, de la cellule familiale. C’est triste. Mais les chiffres sont les chiffres. Ils expliquent pourquoi les flics américains (blancs, noirs, hispaniques) ont plus peur des Noirs, des Hispaniques, que des Blancs. Ils expliquent leur nervosité face à des individus perçus comme potentiellement dangereux. Voilà pourquoi le « encore un Noir tué par un policier blanc » n’est que la forme la plus bête, la plus paresseuse du journalisme. Encore un chiffre : en 2016, 57 policiers ont été tués aux Etats-Unis. C’est pas mal, non ?

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Benoît Rayski
est journaliste et essayisteest journaliste et essayiste