En politique, le Grenoblois a pour credo de ne jamais « se laisser entraîner dans les débats de l’extrême droite »… C’est un peu court!


J’aime que certaines personnalités politiques, presque de manière sadique, montrent jusqu’où peut aller leur indifférence à l’égard des préoccupations majoritaires des Français. Eric Piolle (EELV), à l’évidence un homme entier, convaincu et intelligent – je l’avais déjà remarqué au Grand Jury – a encore manifesté à quel point son idéologie lui occultait le réel et le conduisait à apposer, contre l’évidence, une grille monomaniaque sur la France du quotidien. On sait qu’il a affiché ses ambitions présidentielles et qu’un premier combat l’opposera vraisemblablement à Yannick Jadot dont le souci est d’élargir son espace – il vient de lancer un appel à toute la gauche – quand celui d’Eric Piolle est de le maintenir dans son intégrité limitée. Au sujet des récentes polémiques – notamment l’UNEF ou Audrey Pulvar – Piolle a affirmé qu’il ne fallait pas « se laisser entraîner dans les débats de l’extrême droite ». Il me semble qu’une telle appréciation, aussi militante qu’elle soit, constitue une régression démocratique comme par exemple il y a quelques mois, le fait que les Français n’auraient été confrontés qu’à « un sentiment » d’insécurité. Il y a des puretés idéologiques qui sont des dévastations républicaines.

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Piolle aveugle devant la sinistrose majoritaire

En effet, quand on prend connaissance de la radiographie des Français, de l’image de Marine Le Pen et de l’impact du RN, on doit prendre acte d’un tableau contrasté. Marine Le Pen baisse tandis que l’influence du RN monte et que les problématiques françaises, tournant principalement autour du déclin, de l’immigration, de l’insécurité, de la Justice laxiste, de l’identité et de la dépossession, sont partagées, à des degrés divers toutes tendances politiques confondues. Cette plainte, cette angoisse, pour qui tente autant que possible d’être à l’écoute du pays, constituent le langage citoyen banal qui de fait domine. On pourrait le résumer vulgairement par l’intuition que « tout fout le camp et que plus rien n’est comme avant » et la crainte qu’il y ait là un mouvement irrésistible entraînant la France vers le bas.Je conçois qu’on s’interroge sur la similitude entre cette sinistrose majoritaire et le fond du RN. Celui-ci a-t-il diffusé dans l’ensemble de la société ses thèmes de prédilection ou bien ont-ils été accueillis et cultivés par d’autres familles parce que le réel, depuis quelques années, les a au moins en partie validés ?

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Est-on coupable par le fait même de questionner ainsi et de donner une forme de crédibilité à ce que le RN a martelé seul durant longtemps ? L’audace d’un Fabius le créditant de poser de bonnes questions mais de donner de mauvaises réponses avait été remarquée en son temps. Nous en sommes encore là et le pouvoir, à l’évidence, n’a pas trouvé celles, protectrices, rassurantes, fières, qui nous auraient comblés. Mais pour Eric Piolle, à l’évidence, c’est encore trop. On voit bien, par un proverbe qu’il cite et qui n’est pas très élégant, d’où vient sa répugnance, comme s’il avait peur, par la simple énonciation d’interrogations partagées, de se salir les mains et l’esprit. Il compare le fait de se laisser « entraîner dans les débats du RN » à l’affrontement de deux cochons dans la boue, l’un adorant cela !

Expérience grenobloise très controversée

Je ne suis pas sûr qu’on puisse être convaincu par l’assimilation d’une démocratie ne se voilant pas la face au regard de ce qui l’affaiblit, la délite, à de la boue; sauf à admettre qu’une République n’est honorable qu’en prenant en charge ce qui va bien.

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Eric Piolle ne nous dit même pas que le RN ne donne pas les bonnes réponses mais que nous n’avons pas le droit, à cause de ce qu’est ce parti, de formuler des questions essentielles. Comment le candidat que souhaite être Eric Piolle – avec une expérience grenobloise très controversée -, peut-il concilier cela avec l’obligation, quoi qu’il en coûte, d’assumer toute la réalité et les révoltes, les mélancolies, les désespoirs qu’elle suscite ? N’y aurait-il pas de sa part une non-assistance à Français en danger ?

Alors que l’échéance présidentielle est proche, cette morosité des citoyens (peu ou prou, à gauche comme à droite) ne pourrait-elle pas être perçue comme la condamnation anticipée du bilan d’un mandat qui avait fait naître trop d’espoir pour ne pas, sur la fin, en payer le prix ?

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