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En Belgique, les jeunes ont bien du Mahler

La Belgique est un pays lointain plein de frontières, peuplé de facétieux dessinateurs de BD (dont les héros à gros nez n’ont aucun super pouvoir), et de chanteurs mélancoliques à sanglots longs du genre Jacques Brel. C’est un pays parsemé de stations balnéaires tristes à casinos (affublées de noms cocasses comme Ostende ou Knokke le Zoute), et la mascotte illustre de ce royaume terrifiant- le Manneken-Pis – fait rire les enfants aux éclats. La Belgique, par ailleurs, est coupée en deux : en haut la Flandre, peuplée de Flamands à la langue barbare qui font commerce des richesses du monde grâce à des ports d’où partent de somptueux vaisseaux dont l’humeur est vagabonde ; et de l’autre côté on trouve la Wallonie, habitée par des sujets belges qui vivent la tête en bas. Dans la capitale, Bruxelles, les places sont carrées et les femmes souriantes. Les Flamands et les Wallons ont une alimentation peu variée composée de faisans à la brabançonne, de frites, de moules et de bières qui ont cette particularité notable d’être produites par des moines enfermés pour cette raison dans des abbayes.

Les petits des Belges sont assez semblables aux jeunes du monde entier : on gagne leur confiance en leur offrant des consoles de jeu, et la paix en les nourrissant dans des fast-foods. Ils se réunissent volontiers en petits groupes pour s’adonner à des activités irritantes : fumer des joints dans les cages d’escalier, faire la course en mobylette dans les squares, ou racketter leurs semblables. Mais cela n’a que trop duré à Courtrai ! – comme nous l’apprend l’agence Belga Press : « La ville de Courtrai a décidé de diffuser de la musique classique dans le parc du Béguinage, au centre-ville, afin de faire fuir les jeunes qui, selon les autorités locales, y causent des désagréments. Des haut-parleurs seront installés dès la semaine prochaine, a décidé le collège communal, qui part du principe que la plupart des jeunes fréquentant ce parc n’apprécieront guère ce type de musique. » Le bourgmestre mélomane de Courtrai, Stefaan De Clerck – ancien ministre de la Justice – a justifié en ces termes l’usage de l’arme culturelle de dissuasion massive : « Nous voulons surtout donner au parc une ambiance agréable… Mais si, ce faisant, les désagréments disparaissent aussi, c’est ça de pris ».

L’expérience se base surtout sur l’effrayant présupposé que le petit du Belge (mais cela pourrait aussi s’appliquer à l’humain) serait comme programmé pour rejeter ce qu’il ignore ou méconnait, et fuir comme la peste ce qu’il lui est étranger… Avant que les rues ne soient toutes saturées du hurlement agressif de haut-parleurs crachant du Ravel, et que les allées des cités difficiles ne soient parcourues par des patrouilleurs armés de fusils lance-Wagner, ne devons-nous pas plutôt faire le pari que la musique classique peut adoucir les mœurs ? Et que l’on peut essayer de la faire aimer en douceur – dans toute sa subtilité – aux jeunes fauteurs de troubles les plus épais? (En qui réside une forme d’âme – à l’instar des punks à chien, des présentateurs de télé, des fonctionnaires du Trésor Public et des accordéonistes roumains du métro).

Transformer la musique classique en répulsif sonore pourrait peut-être conduire à des effets indésirables. Ainsi, méditons la figure d’Alex dans Orange mécanique de Stanley Kubrick, qui –complètement ivre de Beethoven (et nous ne savons pas d’où lui vient cette ivresse…) – commet des crimes comme un esthète, suivant la forme sonate et en clé de sol.


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