Le président Macron a exposé lundi devant le Congrès sa vision pour la France. Il y a notamment développé, non sans talent, un vibrant plaidoyer à la liberté offerte à chaque individu de construire sa vie. Ce discours d’émancipation revêt indéniablement une part de séduction, en faisant résonner en nous l’idéal universaliste né en France avec les philosophes des Lumières, et plus récemment l’existentialisme cher à Jean-Paul Sartre.


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Un sentiment d’injustice croissant

Mais quel écho peut-il bien avoir dans la France d’en bas, la France périphérique décrite par Christophe Guilluy, dans la foule anonyme de ces « gens qui ne sont rien » ?

Le président a fait son discours depuis le château de Versailles. Faut-il rappeler que c’est la faim au ventre que le peuple parisien s’y est rendu en 1789 ? N’en déplaise aux belles âmes, ce n’est pas au nom du noble et philosophique concept de l’émancipation de ses déterminismes que le peuple a marché, mais au nom d’un sentiment d’injustice croissant entre une élite qui s’accapare tout, et un peuple prié de se contenter de rien.

A ceux qui aujourd’hui réclament du pain, on dit qu’ils doivent se libérer de leurs déterminismes. Mais cet affranchissement, pour séduisante qu’en est l’idée, est surtout un problème de riches.

Ubériser la France périphérique

A ceux qui se demandent chaque jour comment ils vont pouvoir offrir un repas décent à leurs enfants, à ceux qui à force de ne plus voir se produire le miracle de l’école de la République ont depuis longtemps fini d’y croire, à ceux qui ont encore suffisamment d’espoir pour oser se demander quel travail trouvera leur enfant à la sortie de cette même école dont ils n’attendent plus rien, que dit-on ? Que compte-t-on faire pour eux ? Va-t-on ubériser la France périphérique ? Croyons-nous réellement qu’en chaque écolier se cache un petit Steve Jobs qui ne demanderait qu’à se révéler en se débarrassant de ses déterminismes familiaux et sociaux ?

Les Français d’en bas ont bien compris qu’ils sont et resteront les exclus de la globalisation, de la « siliconisation du monde » pour reprendre les termes d’Eric Sadin. Non seulement ils ne sont pas dupes, mais ils s’inquiètent à juste titre de l’arrivée massive et continue de migrants. Qu’on s’évertue à leur présenter doctement comme une chance pour la France.

L’Autre, une chance pour quelle France?

Mais l’Autre n’est une chance que pour les élites ne souffrant ni de l’insécurité économique ni de l’insécurité culturelle. Pour les perdants de la mondialisation, l’Autre est avant tout celui qui va prendre le peu qu’il leur reste. Quand on ne récupère que les miettes du gâteau, comment pourrait-on se réjouir à l’idée de devoir partager ces miettes ?

Qu’on ne se méprenne pas. Il ne s’agit pas d’épuiser la vision de la politique française dans de sèches considérations économiques. Il ne s’agit pas de ne délivrer au peuple qu’un discours froidement matérialiste au motif qu’il serait le seul à même d’être entendu.

Les eaux glacées du calcul égoïste

En chaque Français réside une aspiration au dépassement de soi et à l’élévation de l’esprit qui ne demande qu’à être ravivée. Mais on ne ravivera pas les braises de l’idéal français en jetant dessus les eaux glacées du calcul égoïste.

On ne réveillera pas la flamme vacillante dans le cœur des Français d’en bas en arborant un discours qui fasse fi de leur réalité quotidienne, qui masque d’un voile pudique leurs souffrances bien réelles, qui leur demande d’adhérer sans réserve à l’économie de marché mondialisée alors même qu’elle les tue à petit feu. Un discours qui leur assène de s’ouvrir sur l’Autre, qui leur somme d’applaudir des deux mains son arrivée, qui leur intime de l’accepter tel qu’il est alors même qu’il est très différent d’eux.

Vers la grandeur et l’idéal

Et quand le peuple aura la perception qu’on s’intéresse enfin et réellement à lui, que l’on comprend ses préoccupations et que l’on souhaite ardemment y répondre, alors il sera enclin à écouter un discours de grandeur et d’idéal, à laisser s’exprimer la part intangible de rêve qui sommeille en lui.

Et ce discours de grandeur et d’idéal, il sera avant tout ancré dans la France éternelle, dans son passé glorieux, dans son patrimoine et ses paysages. C’est au cœur qu’il s’agira de parler, avant la raison. C’est le cœur qu’il faudra faire vibrer par l’évocation de souvenirs individuels et collectifs. En réponse au discours du Président qui exalte l’idée de liberté, il importe de dire que l’attachement à son territoire et le sentiment nostalgique ne sont pas des chaînes qu’il conviendrait de briser pour gagner son affranchissement.

Fiers de nos racines

Connaître et être fier de ses racines ne rime pas avec asservissement. Tel un arbre qui a besoin de racines solides et profondes pour se fortifier et s’élever vers le ciel, c’est fort de racines solides et profondes que l’homme ose s’aventurer vers l’immensité inconnue.