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Éloge du nouveau pluralisme politique français!

Edouard, Bruno, Éric, Bernard, Jordan et quelques autres....

Éloge du nouveau pluralisme politique français!
Eric Ciotti et Bruno Retailleau, Campus de rentrée des jeunes Républicains, Angers, 4 septembre 2022 © Jacques Witt/SIPA

Qu’on se rassure : je n’ai pas l’intention de soutenir que tout va bien dans notre monde politique et médiatique. Quelques accrocs précisément, de diverse nature, sont à signaler…


Le ministre de l’Éducation nationale se dit « satisfait » de la rentrée. Il y en a au moins un qui est content.

Nous n’avons pas les mêmes valeurs…

La Première ministre ne veut pas débattre avec LFI parce qu’elle serait le « chaos » et avec le RN parce qu’elle n’aurait pas « les mêmes valeurs ». On attend toujours de savoir lesquelles au regard de la présence des 89 députés RN à l’Assemblée nationale, de leur comportement et de la teneur des débats. Jean-Luc Mélenchon réplique à Elisabeth Borne que le chaos c’est elle ! C’est sans doute excessif mais je comprends que ces opposants soient lassés d’être exclus parce qu’ils poussent à fond le processus démocratique.

Eric Ciotti qui va concourir le 3 décembre à la présidence des LR éprouve le besoin de nous informer que pour lui Laurent Wauquiez sera le candidat naturel de la droite en 2027. C’est aller bien vite en besogne et créditer par principe cette personnalité, malgré sa double abstention tactique ; je préfère celles qui ne calculent pas quand il s’agit d’aller au feu et qu’il y a urgence et péril.

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Le journal Le Monde décide de dépublier une tribune sur l’Algérie à la demande de l’Élysée. Je n’aurais jamais cru cela possible de la part de ce quotidien, paraît-il de référence.

Yann Barthès, image d’archive. Capture d’écran TMC.

Yann Barthès est prêt à accueillir des politiques sur « Quotidien » sauf Marine Le Pen et Éric Zemmour qui ne sont pas « les bienvenus parce que nos équipes de télévision ne sont pas les bienvenues chez eux ». C’est à la fois vaniteux et absurde : où et qui sont les millions de citoyens derrière Barthès ? Aucun rapport entre la légitimité démocratique de ceux qu’il récuse et le bon plaisir médiatique dont il s’affirme le seul maître. Cet ostracisme d’un côté et cette hypertrophie de l’autre est un signe supplémentaire, quoique anecdotique, du délitement français.

Optimisme paradoxal

Je pourrais encore enrichir cette liste mais je tiens à faire part d’un optimisme civique que d’aucuns vont juger paradoxal.

Depuis que les élections législatives ont heureusement limité la domination du groupe macroniste à l’Assemblée nationale et que ce mandat en cours sera forcément le dernier du président de la République, un air de liberté, de pluralisme, me semble s’être introduit dans l’espace politique. J’ai l’impression que les nuances, les antagonismes, les contradictions, n’ont plus honte d’exister et que l’exigence de solidarité est devenue moins un étouffoir qu’auparavant.

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LR, qu’on annonce sans cesse en survie, ce que le réel dément à chaque fois, va confronter le 3 décembre trois visions de la droite, avec Bruno Retailleau, Éric Ciotti et probablement Aurélien Pradié. En schématisant, une définition culturelle (voir l’argumentation dans “Bilger les soumet à la question”), une définition régalienne et une définition sociale. En tout cas, des joutes qui auront du sens.

Le RN, dans une sorte de combat entre les Anciens et les Modernes, va devoir arbitrer en novembre entre Louis Aliot et Jordan Bardella. Pour qui s’intéresse à la politique, moins que jamais on ne doit se désintéresser de qui sortira victorieux de cet affrontement, limité par le fait que les deux concurrents s’inscrivent dans la ligne de Marine Le Pen.

Stéphane Séjourné a pour mission de constituer « Renaissance » en un vrai parti. Il va tenter d’intégrer dans une structure unique des composantes tenant à leur identité et répugnant, comme pour « Horizons », à suivre aveuglément les consignes parlementaires. J’apprécie que Laurent Marcangeli, qui dirige son groupe parlementaire, ne se sente pas prisonnier de l’absurde “arc républicain” prétendant exclure les opposants non “convenables”. Je ne doute pas que la tendance à venir sera plus vers la libération, bon gré mal gré, que vers la caporalisation. Celle-ci n’a jamais vivifié quoi que ce soit.

cazeneuve attentat nice bertin
Bernard Cazeneuve. Image d’archive. Sipa.

Philippe ne participera pas jeudi au lancement du CNR de Macron…

Je ne veux pas faire l’impasse sur la future élection présidentielle. Il est clair que plusieurs, dans le camp, aujourd’hui, d’Emmanuel Macron, prétendront à sa succession. Bruno Le Maire, Peut-être Gérald Darmanin et sûrement Edouard Philippe. Ce dernier, dans une démarche à la fois loyale mais autonome, fidèle mais libre, manifestant en même temps ce qu’il a de commun avec le président et ce qu’il a de différent, par petites touches ou vraies divergences (par exemple sur le CNR), sera l’adversaire le plus redoutable pour les autres ambitieux du post-macronisme. Si le parti « Horizons » continue avec cette intelligence critique et ses décalages subtils, on peut présumer qu’en 2027, Edouard Philippe pourrait tenter certains Républicains en dépit de la trahison qui lui a été longtemps reprochée.

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Dans ce tableau rapidement esquissé, on constate que LFI, malgré quelques personnalités de qualité – Clémentine Autain (la seule à contester), Manuel Bompard et Adrien Quatennens – demeure sous l’emprise de Jean-Luc Mélenchon qui n’aspire, selon l’analyse lucide de Bernard Cazeneuve dans le JDD, qu’à préparer sa nouvelle candidature en 2027. Le parti qui rue le plus dans les brancards parlementaires est aussi celui qui dans son fonctionnement interne est le plus classique.

J’espère qu’on partagera mon sentiment que, si la réélection d’Emmanuel Macron nous laisse désemparés face au flou de son projet et à un futur angoissant, la vie politique et l’intensité civique n’en ont pas été amoindries : cela bouge et fait advenir du pluriel dans un univers qui en manquait.

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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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