Jusqu’au 27 janvier, le musée du Jeu de Paume consacre une exposition à la grande photographe américaine Dorothea Lange (1895-1965). Fille d’immigrés allemands, cette fille mère à l’existence modeste est restée célèbre pour ses clichés de l’Amérique laborieuse sous la Grande Dépression puis durant le rebond de l’après-guerre. 


Sous la direction de Marta Gili, le musée du Jeu de Paume a grandement contribué à familiariser l’œil des visiteurs avec la photographie sociale et engagée. Après avoir présenté Robert Frank et sa fascinante série « Américains », après nous avoir fait découvrir le travail de Garry Winogrand, chroniqueur infatigable de l’Amérique de l’après-guerre, montré les images de Berenice Abbott, Vivian Maier, Diane Arbus ou encore celles de la pionnière de la « Street Photography », Lisette Model, Marta Gili vient de quitter ses fonctions en beauté avec une exposition consacrée à l’icône du photojournalisme, Dorothea Lange. Qui est notamment l’auteur du cliché le plus cher d’un photographe du XXe siècle jamais vendu aux enchères à Sotheby’s – White Angel Breadline est parti pour la modique somme de plus de 800 000 dollars en 2005. Lange s’est imposée comme une figure incontournable de l’histoire de la photographie, mais aussi comme portraitiste des heures les plus sombres de la société américaine.

« J’aurais préféré qu’elle ne m’ait pas prise en photo »

De même que Mort d’un soldat républicain de Robert Capa représente dans l’imaginaire collectif la guerre civile en Espagne, l’image qu’on associe à la Grande Dépression aux États- Unis est Migrant Mother (1936) de Lange. Pourquoi cette photographie-là et non pas une de celles prises par Walker Evans qui, lui aussi, a photographié l’Amérique en pleine crise des années 1930 ? Sans doute parce qu’il y a chez Lange une proximité émotionnelle, une compassion et surtout le souci, sinon l’obsession, de montrer la dignité de ses sujets dans leur insondable misère, qui fait la différence. S’il ne s’agit nullement d’une mise en scène, l’histoire de la photo prouve la volonté de son auteur de susciter, auprès du public, de l’empathie plutôt que de la pitié pour ses protagonistes. Selon Linda Gordon, biographe et spécialiste de l’œuvre de Lange, la photographe a fait des choix décisifs pour la célébrité de Migrant Mother. Belle, défiante, avec quelque chose d’à la fois dur et obstiné dans son regard perdu au loin, Florence Thompson, qui se cache derrière la « mère », a été prise en photo dans le « Pea-Pickers Camp » près de la ville de Nipomo.

Lange sillonnait alors le nord de la route 101, en Californie. Sa mission consistait à photographier, pour le compte de la Farm Security Administration – un des programmes du New Deal visant à lutter contre les conséquences de la récession –, la vie des travailleurs agricoles migrants du Middle West

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Janvier 2019 - Causeur #64

Article extrait du Magazine Causeur

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