Benoît Rayski

Ce matin, je me suis réveillé plutôt mal et j’ai compris, en écoutant les radios, que nous étions en France. Les radios dégueulaient sur Trump, et avec des accents de triomphe, annonçaient que des milliers de manifestants défilaient contre lui dans les rues des villes américaines. La bonne nouvelle était répétée, amplifiée : ainsi, quelques milliers de manifestants donnaient naissance à des « manifestations monstres ». Oui, nous étions bien en France.

Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, une autre perçait sous l’avalanche anti-Trump. Une décision « historique »de la Cour de cassation condamnant l’Etat pour des contrôles au faciès « discriminatoires ». L’affaire traînait depuis des années. Treize plaignants noirs et arabes (on a le droit d’écrire ça ?) avaient porté plainte contre l’Etat après avoir été contrôlés. En première instance, ils avaient eu gain de cause. Manuel Valls, pas tout à fait dépourvu de bon sens, avait décidé de se pourvoir en cassation contre l’avis de Christiane Taubira. A l’arrivée, donc, il avait perdu et c’est l’ancienne Garde des Sceaux qui triomphait. De quoi réjouir les radios. Oui, nous étions bien en France.

Je suis allé dans ma salle de bains. Et mon miroir m’a renvoyé ma sale gueule. Un nez proéminent, des oreilles un peu décollées, des yeux loin d’être clairs. Impossible de me confondre avec un pêcheur breton, un viticulteur bourguignon ou un agriculteur limousin. Le délit de sale gueule caractérisé ! Avec en plus une grimace qui n’arrangeait rien à l’écoute de la décision de la Cour de cassation.

Ma mauvaise humeur aidant, je me suis dit qu’on pourrait quand même me contrôler moi aussi au faciès. Si tous ceux qui remplissent les cellules de Fleury-Mérogis avaient la même tête que moi, je trouverais ça inévitable tout en exigeant des flics qu’ils soient polis et ne me disent pas « tu ». Si les fichés S avaient mes yeux, mon nez et mes oreilles, je comprendrais qu’on m’interpelle un peu plus souvent qu’un  « Français de souche ». Si les guetteurs, les dealers, les braqueurs, les « jeunes » avaient une tronche voisine de la mienne, je ne m’étonnerais pas d’avoir affaire à la police plus souvent qu’un « céfran ».

J’en étais là de mes réflexions quand une amie, passablement méchante, m’a dit en rigolant que je ne risquais rien, car j’avais passé l’âge de me faire contrôler. Alors là, je me révolte contre cette intolérable discrimination ! Oui, je veux être contrôlé au faciès comme les jeunes ! Oui, je veux qu’on oublie mes cheveux grisonnants ! Et si pour ça, il faut que je mette une capuche, je le ferai. Na!