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Des électeurs très courtisés

La montée en puissance d’un fort sentiment identitaire hétérosexuel, avivé par les sarcasmes de la majorité morale gay et féministe au pouvoir, pourrait être une des clés de l’élection présidentielle. Reste à savoir qui, des deux candidats, saura le mieux séduire les hétéros.

Un électorat orphelin de son candidat naturel

Un homme – « un vrai », comme ils disent – incarnait jusqu’à l’excès les aspirations des hétérosexuels radicaux : Dominique Strauss-Kahn. Il était le candidat naturel non seulement des mâles dominants, mais aussi des femmes qui se savent « chiennes » ; et ça fait du monde !
Ses mésaventures new-yorkaises et lilloises lui valent, aujourd’hui encore, le respect de beaucoup d’hétéros, par-delà le traditionnel clivage droite-gauche : « Il a fait tout haut ce que beaucoup d’hommes pensent tout bas ! » confie même, sous couvert d’anonymat, un député de la Droite populaire.
N’empêche ! Ces deux affaires pendantes lui ont coupé, au moins provisoirement, la route de l’Élysée. Alors, vers qui les électeurs frustrés par son retrait vont-ils se retourner ?[access capability=”lire_inedits”]
A priori, c’est Nicolas Sarkozy qui semble être dans la meilleure posture : « L’hétérosexualité, il faut avoir le courage de le dire, est une constante, souvent majoritaire, du genre humain ». Cette petite phrase, prononcée à l’inauguration de l’exposition Jean Gabin, n’est pas innocente à quelques semaines du scrutin.
Encore à la peine dans les sondages, le président – candidat s’est avisé de ce réservoir de voix hétéros qui pourrait faire la différence. Est-il donc prêt, pour l’emporter, à flatter les plus bas instincts ? C’est ce dont l’accuse déjà François Hollande, pour qui son rival reprend là « les clichés machistes les plus éculés sur la relation homme-femme ».
Une saillie maladroite, à vrai dire, de la part du candidat socialiste, dont la « normalité » affichée passait déjà, dans l’aile hétéro de son électorat, pour une mollesse ambiguë. Faute d’un rapide redressement de tir, le divorce entre François Hollande et les orphelins de DSK serait consommé, comme le montrent les derniers sondages de l’institut Onionway.

Interview de Marc Dumayot, président de l’association Hétér’Up

On assiste ces derniers mois à une radicalisation des revendications dans les milieux hétéros militants, et, en parallèle, les critiques contre un certain « communautarisme hétéro » se multiplient, émanant de personnalités aussi différentes que, à gauche, Pierre Bergé ou, à droite, Frédéric Mitterrand. Que répondez-vous à ces accusations ?

Marc Dumayot. Que ce n’est pas à deux vieilles tarlouzes de décider de la façon dont de très nombreux Françaises et Français vivent leur sexualité ! Plus sérieusement, l’identité hétéro s’est radicalisée tout simplement parce qu’elle s’est sentie menacée. De l’attitude « gay friendly » imposée par le politiquement correct, on est passé progressivement à un climat d’hétérophobie rampante qui débouche sur une véritable ségrégation sociale. De nos jours, un hétéro normal se voit pratiquement interdire l’accès à certaines professions comme antiquaire, danseur classique, créateur de mode, maire de capitale… On voudrait nous cantonner à des activités de gardiennage, ou liées à la ruralité. C’est totalement contraire à l’esprit des droits de l’homme dont on nous rebat les oreilles. Ou alors, de quel genre d’« homme » s’agit-il ?!

Vous semblez suggérer une « domination gay » sur les élites. Mais le problème ne réside-t-il pas surtout dans la concurrence croissante entre l’homme hétérosexuel et une femme « virilisée » et ambitieuse – cette executive woman qui prend de plus en plus les places de direction ?

L’un n’empêche pas l’autre, malheureusement ! Un demi-siècle de féminisme triomphant – souvent d’origine goudoue d’ailleurs – a fait des ravages.
Aujourd’hui, l’« homo hétéro », au sens d’homo sapiens bien sûr, est pour ainsi dire pris en sandwich entre les pédés d’une part, et d’autre part ces connasses qui se croient en tout l’égale des hommes. Avec les conséquences désastreuses, en termes d’efficacité économique et d’équilibre psychologique, qu’on imagine !

Irez-vous jusqu’à donner des consignes de vote ?

Nous demandons aux deux candidats des engagements écrits sur trois points : le vote rapide d’une loi réprimant l’hétérophobie ; un amendement à la Constitution proclamant solennellement que seule une relation hétérosexuelle est susceptible de donner la vie ; et enfin l’institution d’un PACS spécifiquement hétéro, pour ceux – et celles – qui ne veulent ni « sacraliser » leur relation par le mariage, ni être assimilés pour autant à des pédés ou à des gouines !

À vous écouter, on a un peu l’impression que l’hétérosexualité est d’abord une affaire d’hommes. Les femmes semblent faire de la figuration…

Absolument pas ! Une de mes amies, qui buvait tranquillement son Mojito dans un bar du Marais, s’est fait prendre à partie et traiter de « fendue » par des gays vindicatifs. À Hétér’Up, nous nous battons aussi pour ces femmes-là – sans qui, il faut bien le dire, notre combat perdrait en crédibilité.

Les hétéros, minorité risible ?

Le point de vue de Roland Racol, directeur des enquêtes à l’institut IPNOS

« Il est difficile d’apprécier aujourd’hui l’importance exacte du “vote hétéro”. D’abord parce que les statistiques communautaires sont interdites en France. Ensuite parce que, pour le moment, la communauté hétérosexuelle n’est pas très structurée : il n’y a pas, chez cette grosse minorité, la culture associative qu’on retrouve chez les gays, les féministes et les minorités religieuses. Pour autant, les candidats auraient tort de négliger les revendications d’une association comme Hétér’Up, qui canalise utilement la contestation hétérosexuelle.

Sur le plan électoral, si vous additionnez aux hétéros militants les homosexuels contrariés – qui, selon nos projections, votent souvent avec eux – vous obtenez les quelques pourcent qui pourraient faire la décision le 6 mai. En outre, il serait dangereux pour la démocratie de laisser cet électorat sans représentation, à l’heure où la radicalisation d’une certaine frange de la communauté est un fait nouveau incontestable. Lors de la dernière Gay Pride, des activistes hétérophiles s’en sont pris sans ménagement au char disco de Bareback FM, brandissant leur drapeau aux trois couleurs primaires et scandant des slogans stigmatisants comme “Les pédés à Pékin !” ou “Un homme, une femme, chabadabada !” Qui aurait imaginé un tel spectacle il y a encore un an ? Mais d’un autre côté, vous me direz, qui aurait pu penser, du temps du Général, que Paris serait un jour envahi par une manif’ de cent mille pédés ? »[/access]

Avril 2012 . N°46

Article extrait du Magazine Causeur


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