Je ne vois rien de plus triste qu’une fin de Salon de l’agriculture. Les exposants plient boutique avec nostalgie, des souvenirs de Paris plein la tête. Le bétail aussi a le blues. C’est l’une des rares circonstances permettant de lire une émotion dans l’œil d’un bovin. Les stars, telle la vache Bella qui était cette année l’égérie officielle du salon, ou Galilée le cochon limousin à cul noir (qui était la tête d’affiche l’année dernière) savent bien qu’il ne sera plus temps, bientôt, de signer des autographes ; finie la gloire, finie l’exposition médiatique… retour à l’anonymat des étables, à l’ennui des prés, aux égards habituels des vétérinaires, et à la banalité quotidienne des abreuvoirs. Les cameramen de la télévision sont partis. Les politiciens – et leurs caresses sans amour sur les croupes et les encolures – sont déjà loin. On démonte les stands. On fait ses valises. Il ne restera plus, bientôt, qu’une tenace odeur de fumier. Et beaucoup de vague à l’âme…

Mais cette année les exposants (et leurs bêtes de concours) repartiront certainement – dans leurs campagnes – non seulement avec beaucoup de nostalgie, mais aussi avec pas mal d’amertume. Car ils ont été joyeusement insultés par une Ségolène Royal galvanisée par la perspective d’une entrée prochaine au gouvernement, et avide de propositions bouffonnes, destinées à toucher le nouveau cœur de cible urbain et branché du Parti socialiste… Ils ont du encaisser cette proposition surréaliste de la présidente du Conseil Régional de Poitou-Charentes, d’allouer une aide de 500 euros par mois aux agriculteurs en difficulté, en contrepartie de missions diverses dont le… « conseil en installation de potagers urbains » (rires enregistrés).

Les éleveurs de chèvres – nous indique La Charente Libre – ne sont pas vraiment favorables à cette mesure… Jean-Pierre Monthubert, président du syndicat d’éleveurs caprins de la Charente, qui n’a vraisemblablement pas l’âme potagère, déclare : «Quelqu’un qui est en difficulté a du travail par-dessus la tête. Si elle veut faire quelque chose pour nous, Ségolène Royal ferait mieux d’aller dans les grandes surfaces pour leur demander d’acheter les fromages un peu plus cher.» Réaction plus cinglante d’un responsable des Jeunes Agriculteurs : « On n’est pas des jardiniers, c’est un autre métier. Nous, on veut vivre de notre métier, on ne veut pas en changer. » Il devrait s’estimer heureux, Ségolène aurait pu proposer de nouvelles fonctions encore plus grotesques en échange de son aumône, comme « médiateur de végétalisation », « ambianceur en coulées vertes », « ambassadeur du tri sélectif et des cinq fruits et légumes par jour »…

Quelques jours auparavant la présidente de la Région Poitou-Charentes avait suggéré une proposition de la même farine, concernant les intermittents du spectacle : leur « demander des tâches » en contrepartie de leur indemnisation chômage…  comme d’intervenir dans des écoles ou des… maisons de retraite. « Faisons du gagnant-gagnant » a-t-elle ajouté à la télévision…

Vivement que Pimprenelle entre au gouvernement !

On va bien s’amuser…

 *Photo : JEAN MICHEL NOSSANT/SIPA. 00669460_000012.

Lire la suite