Chez Cyril Hanouna, le rappeur Booba et les chroniqueurs sont incapables d’écouter ce que Jean Messiha peut avoir à dire sur le rap.


Dans mon entourage, les avis sont très partagés et très tranchés sur Cyril Hanouna. On aime ou on n’aime pas. On est client ou on ne peut pas le voir.

Longtemps l’animateur ne m’a pas gêné, et sans être amateur, j’avais presque de la sympathie pour lui, comme j’en ai en général pour ceux qui osent tout et qui inspirent du mépris à ceux qui ne font pas grand-chose. J’étais même étonné de mon indulgence pour ce type qui insiste sur les effets comiques de ses blagues et qui en rit lui-même, parfois seul, plus souvent avec les rires forcés de ses courtisans. Plus jeune, j’étais beaucoup plus allergique aux gars dans son genre, à Patrick « la vache qui rit » Sabatier ou encore à Michel Drucker à qui Zemmour dit un soir chez Ruquier : « Quand on aime tout le monde, c’est qu’en fait on n’aime personne ».

Un clown qui rampe devant son public

Et puis j’ai longtemps pensé qu’on pouvait trouver pire que Cyril Hanouna, notamment parmi certains de ses détracteurs. En entendant des critiques dégoûtés, j’ai souvent repensé à cette scène du « Grand Pardon » où Trintignant dit à Roger Hanin : « Je ne vous aime pas Bettoune, vous sentez l’huile ». Et même si je trouvais qu’Hanouna sentait l’huile, je m’en fichais parce que le genre des gens ne me regarde pas, je ne les juge vraiment que sur leurs qualités morales.

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Et mon avis a changé. Lorsqu’il a déclaré que « Mila aurait mieux fait de la fermer et qu’elle faisait bien de se cacher », j’ai pensé avec la mère de l’adolescente menacée qu’« il n’était qu’un clown qui rampait devant son public ». 

Exclusion de Messiha: une séquence effrayante

C’est l’effet qu’il m’a fait quand je l’ai revu, dans son décor tape-à-l’œil, demander à Jean Messiha de quitter le plateau de son émission parce qu’un autre invité, le rappeur Booba, fringué plutôt cher que chic, ne souhaitait ni lui parler ni l’entendre. Les séances d’humiliation sont un ressort de l’émission, elles sont déjà pénibles à voir lorsqu’elles touchent les larbins consentants et prêts à tout pour rester dans la lumière de l’access prime time, mais celle-ci était à vomir. Dans quelques grognements et hochements de casquette, le Booba du front en survêtement grotesque lâcha qu’il ne parlait pas avec les racistes du FN, et comme Jean Messiha n’entendait pas se laisser remplacer sans rien dire, un des chroniqueurs, Gilles Verdez, antiraciste hystérique, gringalet hargneux, tête à claques excusiste qui en redemande, incarnation du petit blanc fragile puant le syndrome de Stockholm, appuya de sa voix de fausset la demande insistante de l’artiste limité, sans mots et sans sa bande.

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Le clown en chef, lui, rampait devant la meute des hyènes, son public, un public composé de jeunes hilares au sacrifice de ce pelé, de ce galeux d’où venait tout leur mal, et c’était effrayant. Des jeunes comme ceux qui après les assassinats des dessinateurs de Charlie Hebdo condamnaient les meurtres tout en comprenant les meurtriers parce que disaient-ils : « On ne doit pas se moquer de la religion ». Ou comme  ceux de la classe de Mila qui déclaraient lorsque les ennuis de la collégienne ont commencé et qu’elle a perdu sa jeunesse pour vivre dans la peur : « On ne savait pas qu’elle était comme ça, on ne veut plus la voir. » Ou comme ces petits bourricots nourris presque exclusivement de tolérance et de respect, de contenants plus que de contenus, de cadres pour vivre ensemble sans faire de vagues sous l’égide du plus petit dénominateur commun, ces jeunes donc qui annonçaient majoritairement dans un sondage récent que leur laïcité, celle qui adviendrait avec eux serait inclusive, et donc se soumettrait aux exigences des bigots susceptibles, des bigotes voilées et du hallal.

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J’ai repensé à mon ami Serge, polytechnicien à la retraite qui me confiait à propos de Génération Identitaire : « Ces jeunes me remontent le moral » et j’ai essayé de remonter le mien en fermant le clapet de mon ordinateur sur le rire graisseux d’Hanouna et sur son public, cette conjuration des imbéciles qui n’ont plus d’intelligent que leurs téléphones.

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