L’agence de notation Fitch Ratings vient d’abaisser la perspective de l’économie turque de « positive » à « stable ». Dans le même temps, la note de la Turquie reste inchangée (BB+).

Interrogé par des journalistes, Zafer Çağlayan, le ministre turc de l’économie n’a pas hésité à déclarer : « Pour comprendre cette décision, il suffit de regarder l’actionnariat de l’agence Fitch Ratings dont 60% du capital est détenu par des investisseurs français. »
Non, vous n’avez pas rêvé : un ministre turc, et pas des moindres, accuse carrément la France de mener une guerre économique sale contre son pays.

Mais le ministre n’en est pas à son coup d’essai anti-français. L’an dernier, alors qu’il présidait la chambre d’industrie d’Ankara, Zafer Çağlayan menaçait de faire le voyage jusqu’à Paris pour faire pression sur les parlementaires qui examinaient une loi pénalisant la négation du génocide arménien. Très remonté, il expliquait : « D’un côté, vous nous vendez 6 milliards de marchandises, utilisant la Turquie à votre avantage, de l’autre, vous interdisez la négation d’un génocide qui n’a pas eu lieu, alors que vous devriez nous baiser les mains ! ». Monté en grade, le fougueux quinquagénaire n’a rien perdu de sa fougue, qu’il met toujours au service du « french-bashing » (sport de combat dont on ignore la traduction en turc…).

Or, si on savait les relations franco-turques refroidies depuis l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, on ignorait qu’une guerre froide s’était instaurée antre Paris et Ankara… Les insinuations complotistes de M. Çağlayan, désignant une sorte de « lobby français » qui déstabiliserait la Turquie, illustrent aussi la fébrilité grandissante de l’AKP, le parti islamique au pouvoir.

Avec l’écroulement de sa politique étrangère – ni intégration européenne, ni leadership sur ses voisins arabo-musulmans – les performances de l’économie nationale demeurent le principal atout d’Erdogan et de son camp. Jusqu’à nouvel ordre ?

Lire la suite