Au Québec, des lycéennes – qui portent le carré jaune – protestent contre le code vestimentaire qu’elles sont tenues de respecter. Jugé trop long, il donnerait des envies – forcément inappropriées – aux garçons. Elles veulent s’habiller comme elles le souhaitent…


Un nouveau mouvement féministe est né dans une école secondaire de la ville de Québec au Canada. Comme si ce n’était pas déjà assez, le néo-féminisme s’impose désormais dans les cours de récré, faisant des adeptes chez les jeunes élèves en quête d’idéaux révolutionnaires. La revendication initiale du mouvement : abolir le code vestimentaire en vigueur pour les filles, lequel serait sexiste et misogyne, car pas assez permissif. On revendique le droit de s’habiller comme à la plage. Depuis, le mouvement a essaimé à d’autres endroits. Leur signe de ralliement est… un carré jaune, porté sur la poitrine.

Être trop couverte « attise la curiosité malsaine des garçons »

Selon ses porte-paroles, interdire certains types de vêtements « attise la curiosité malsaine des garçons ». On ne parle pas ici d’une école coranique en Afghanistan, mais d’une école déjà très ouverte à l’expression de la personnalité des élèves. On ne parle pas non plus de femmes majeures en pleine possession de leur liberté, mais de jeunes adolescentes dont le jugement est encore en développement. Mais de rappeler cette évidence serait déjà transgresser le politiquement correct et prendre le risque de passer pour un extrémiste religieux.

La direction du principal établissement concerné a déjà cédé à une partie des revendications. Au Québec, le climat idéologique est aujourd’hui étouffant et le courage politique est devenu une notion très abstraite dans cette contrée unanimiste. Les directeurs de l’école ont tout gobé : pour combattre la « culture du viol », des étudiantes mineures devraient avoir le droit de s’habiller à la mode hip hop durant leurs cours, de décider de la surface de tissu qu’elles vont porter. Le moindre encadrement relèverait d’une logique carcérale et totalitaire. On remercie Michel Foucault pour son héritage…

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Il faut dire que les grands médias n’ont pas contribué à rétablir le bon sens dans ce pays qui traverse une grave crise de la pensée unique. Ayant présenté la nouvelle comme un grand événement, certains journalistes ont accordé une crédibilité démesurée aux jeunes libertaires. Une nouvelle révolution sexuelle serait en marche. Les écoles publiques du Québec ressembleraient à d’austères monastères.

Combattre le sexe par le sexe

Certains parlent de poursuivre le travail entamé par les premières féministes dans les années 1960, de prolonger la lutte de la contre-culture pour l’abolition des anciens codes vestimentaires qui étaient beaucoup plus rigides. À une certaine époque, on rappelle que les femmes ne pouvaient pas porter de pantalons et les hommes avoir les cheveux longs dans les établissements scolaires.

Ceci étant, si le discours de la nouvelle génération est anachronique, il est surtout rempli de contradictions, ce qui s’explique moins par leur manque de maturité que par l’emprise du néo-féminisme sur eux. Un courant qui oscille constamment entre le puritanisme et le renversement total de la réalité sexuelle.

Car outre le refus de tout décorum, l’objectif du mouvement est aussi discutable que contradictoire. Il s’agirait de désexualiser le corps des jeunes femmes en leur permettant de le dévoiler davantage dans les salles de classe. Moins de règles il y aurait, moins les filles seraient susceptibles de subir des abus sexuels. L’anarchie, c’est l’ordre moins le pouvoir. C’est dans une société où la sexualité est partout que les jeunes et moins jeunes hommes pourraient mieux se comporter. Combattre le sexe par le sexe, le feu par le feu.

Les petits chaperons rouges

Nous voilà encore plongés dans un univers utopique. De faire croire aux jeunes qu’ils vivent dans une bulle impénétrable constituerait un rempart contre la « culture du viol ». Pour freiner l’hyper-sexualisation des jeunes filles, il faudrait les laisser s’imprégner de la pornoculture en fonction de leurs goûts personnels. Le raisonnement est tellement bancal qu’il est difficile de l’analyser logiquement. La sexualité serait un bouton sur lequel on appuie, une matière malléable qu’on abolit et rétablit selon ses petites envies.

Il s’agirait de permettre aux élèves de jouer naïvement aux adultes pour déconstruire des stéréotypes qui s’en trouveront renforcés. Une intervenante en milieu scolaire, Gabrielle Pelletier, déclarait qu’un code vestimentaire, même minimal, nourrissait « le mythe que si une fille est agressée sexuellement, c’est qu’elle portait peut-être quelque chose qui est peut-être plus révélateur ». Aucune agression ne se justifie, mais la mission de l’éducation n’est pas d’enseigner un autre mythe, celui du petit chaperon rouge.

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