Aux gens qui font remarquer que la condition de la femme s’est beaucoup améliorée en Occident, les néo-féministes répondent que les violences sexuelles ont acquis une dimension invisible. Non seulement la condition de la femme aurait fait du surplace, mais elle pourrait avoir régressé. C’est en gros ce qui ressort des polémiques sur la condition féminine depuis l’affaire Weinstein à la publication dans Le Monde de la tribune sur la « liberté d’importuner » signée par 100 femmes dont Catherine Deneuve et Élisabeth Lévy. En filigrane du débat : toujours la notion de culture du viol.

Le voile, une arme contre le viol

L’histoire récente ne serait donc pas celle de la libération de la femme, mais celle de la stagnation de sa condition, la société libérale ayant simplement remplacé l’Église dans son rôle de domination. Sans le réaliser, nous serions passés d’une forme évidente de discrimination à une forme plus subtile aux conséquences aussi graves.

Les femmes auraient peut-être gagné des batailles importantes avec l’obtention du droit de vote et l’intégration au marché du travail, mais le libéralisme économique les aurait transformées en produits de consommation. La femme serait passée du statut de ménagère et de mère de famille à celui d’objet sexuel et de consommatrice exploitée. Les actrices de Hollywood qui gagnent des dizaines de millions de dollars annuellement ne seraient pas plus libres que leurs arrières grand-mères.

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Cette aversion profonde envers la société de consommation explique la vision favorable de plusieurs néo-féministes envers le voile islamique. Puisque les femmes seraient la cible de publicitaires sexistes désireux d’imposer des standards de beauté irréalistes et pornographiques, il vaudrait mieux qu’elles se mettent à l’abri de ces stéréotypes. Dans cette optique, le fait de cacher le corps de la femme est vu comme un acte de résistance. En se soustrayant au regard des hommes, les femmes voilées feraient preuve de courage politique… Peut-être faudrait-il, aussi, que les femmes occidentales suivent l’exemple de leurs bonnes consœurs musulmanes pour ne pas être harcelées en milieu de travail.

La superstructure masculine domine la classe des femmes

Les néo-féministes ont fait de la domination masculine un système, une superstructure qui surplomberait toute la société tel un obscur rapace. Leur théorie hérite ainsi du marxisme, la société apparaissant comme la cible de forces économiques redoutables qui profiteraient seulement aux hommes racistes et misogynes. La boucle est toujours bouclée : l’homme blanc hétérosexuel n’échappe jamais à la nature maléfique qui lui est assignée.

Aux yeux des saintes-nitouches, le capitalisme réduit la femme en esclavage pendant que ceux qui en bénéficient font preuve de discrimination envers les immigrants.

Les théories du système (racisme systémique, viol systémique, etc.) psychanalysent la société en fonction des préjugés universitaires à la mode, on les estime destinées à percer tous les mystères du monde pour mener l’humanité à sa délivrance. Les sociétés occidentales seraient structurellement capitalistes, racistes et misogynes et c’est pourquoi il faudrait les détruire. Le néo-féminisme est une eschatologie de madones frustrées, une mystique censée dévoiler les sales coulisses de la masculinité.

Sexistes à l’insu de leur plein gré

Devant l’incompréhension qu’elles suscitent, les néo-féministes se justifient en inventant un sexisme imaginaire dont seraient imprégnées les structures inapparentes de la société. Puisque la plupart des organisations officielles de défense des droits des femmes et les chaires de recherches sur ce sujet sont financées par les contribuables, il fallait bien que les féministes inventent quelque chose pour légitimer le maintien des postes importants qu’elles occupent. La solution a été trouvée : lorsque les hommes ne seraient plus consciemment sexistes, ils le resteraient inconsciemment. Il faudrait nier tous les progrès réalisés en matière d’émancipation féminine lorsque viendrait le temps d’en faire le bilan. À cette occasion, peut-être faudrait-il même parler de régression.

Les néo-féministes conçoivent la civilisation comme le prolongement du monde préhistorique. En propageant le mythe de la culture du viol, les nouvelles féministes veulent dresser une société qui serait remplie d’hommes des cavernes. De cette manière, les néo-féministes conçoivent la sexualité comme les intégristes religieux : ce serait un phénomène dangereux, bestial et grossier, bref une réalité impure à réprimer.

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