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Bye bye, bling-bling!

Bye bye, bling-bling!
Photo : Ammar Abd Rabbo
Photo : Ammar Abd Rabbo

L’indécrottable provincial que je suis a fait tout son profit de la subtile analyse politique livrée ici même, à chaud, par l’ami Marc Cohen : sa longue fréquentation des hauts lieux de la politique parisienne lui permet quelques entrechats bien enlevés qui nous changent agréablement des gros sabots des commentateurs habituels. Comme lui, je ne mettrais pas un kopeck, même dévalué, sur la capacité du « centre » à se fédérer d’ici le printemps 2012.

Néanmoins, de ma campagne, on peut voir cette affaire de remaniement ministériel dans une autre perspective, celle d’un retour en force des Girondins de la droite, qui s’imposent face aux Jacobins de cette même mouvance (mes excuses au fan-club de Jules Michelet, mais je n’emprunte qu’un instant cette analogie historique pour étayer mon propos en faisant bref…)

Lorsque l’on épluche la liste des nouveaux promus, celle des entrants, celle des partants, on ne peut qu’être frappé par la prééminence prise par les « gaullistes de terrain », ceux qui labourent leur terroir avec constance sur les « vedettes » de la société politico-médiatique de la capitale du style Kouchner, Rama Yade, Fadela Amara, et même Jean-Louis Borloo[1. Jean-Louis Borloo fut jadis un maire de Valenciennes talentueux. Mais la politique locale ne l’amuse plus]. Le seul rescapé de cette escouade reste Frédéric Mitterrand dont on peut remarquer l’étonnante discrétion et la non moins surprenante gestion habile de dossiers généralement producteurs d’enquiquinements, pour ne pas dire plus : intermittents du spectacle, statut de l’Agence France Presse, mendicité chronique des cultureux. Le relatif calme qui règne dans le secteur ne va peut-être pas durer, mais changer le ministre eût peut-être réveillé les braillards habituels. À moins que Carla n’ait menacé de se barrer si on virait son copain Frédo…

Richert aux Collectivités, un signe adressé à l’Alsace

Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est la nomination de Philippe Richert comme ministre chargé des Collectivités territoriales auprès du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux. Pour ceux – honte à eux !- qui ne connaissent pas Philippe Richert, précisons qu’il était jusque-là président de la région Alsace, qui est, comme chacun sait, la seule région métropolitaine tenue par la droite. La nomination de Philippe Richert est, certes, un signe adressé aux Alsaciens de droite qui appréciaient moyennement de se voir représentés en haut lieu par un ministre d’ouverture, Jean-Marie Bockel, d’ailleurs régulièrement humilié par ses petits camarades du gouvernement et de l’Elysée.

Mais c’est également une prise de conscience, par les stratèges élyséens, que la France qui gagne ne se limite pas aux patrons du CAC 40 et aux traders fous. Pays de PME, l’Alsace, comme la Haute-Savoie, est un terroir fortement ancré à droite où la prédilection de Nicolas Sarkozy pour les Bernard Arnault, François Pinault et autres Bolloré irritait passablement. Car ce sont, entre autres, ces multinationales françaises qui mettent une pression impitoyable sur ces PME, pour la plupart sous-traitantes des grands groupes en les forçant à réduire leurs marges, voire en les contraignant à délocaliser leur production vers des paradis salariaux toujours plus à l’Est. Ces gens-là, patrons petits ou moyens, sont entre l’arbre et l’écorce, en l’occurrence leurs donneurs d’ordres et leurs salariés.

Leurs élus leur ressemblent : pas bling-bling au Fouquet’s, mais tchin-tchin au Café de la Mairie.
François Fillon a été suffisamment bon communicateur pour cultiver son image d’austère provincial, aisé mais ne faisant montre d’aucune ostentation, ce qui lui a permis de fédérer autour de lui cette droite des terroirs que Jacques Chirac savait admirablement flatter. Pour l’instant, il va mettre ces atouts au service de l’actuel président. Que Sarkozy l’emporte ou perde en 2012, il est gagnant : soit comme chef naturel de l’opposition, soit comme potentiel successeur. On me permettra de ne pas miser sur Jean-François Copé, dont l’activisme intense et l’ambition insolemment affichée fait penser au Sarkozy de 2002. Pour ça, la France a déjà donné.

Comme on s’est aperçu, à l’Elysée qu’on ne pouvait pas gagner en 2012 en faisant du Sarkozy 2007, on a mis en place un dispositif susceptible de faire revenir à lui ces couches sociales qui avaient tendance à s’abstenir, voir à lorgner vers un FN relooké par Marine. Alors, on va dorloter les médecins (Xavier Bertrand), câliner les artisans, chauffeurs de taxis et cabaretiers de toutes tailles et spécialités pour lesquels le pitbull Frédéric Lefebvre est prié de se muer en coach bienveillant. On ne bougera rien qui puisse faire le moindre bobo à l’âme et au portefeuille de ces catégories.

Pour faire du Chirac, c’est-à-dire du clientélisme forcené dans un immobilisme imperturbable, rien ne vaut des chiraquiens bien implantés dans leur coin comme les Juppé, Baroin et Alliot-Marie

À propos, une nouvelle importante n’a pas été, à mon sens suffisamment mise en valeur dans nos gazettes : Bernadette Chirac, 77 ans, sera à nouveau candidate en mars 2011 au poste de conseillère générale du canton de Corrèze, situé dans le département du même nom. Etonnant, non ?


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