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Fillon II : quand la droite est adroite

Fillon II : quand la droite est adroite

Quelques réflexions à chaud sur ce nouveau gouvernement Fillon. On ne s’attardera pas sur le timing baroque de l’opération, qu’on dirait tout droit sorti du cerveau atrophié d’un storyteller fatigué: six mois de suspense de moins en moins insoutenable et de plus en plus risible, conclus par cette hallucinante séance de travail du dimanche. J’espère qu’on aura compris le message: la situation est grave, mais le président et son principal collaborateur sont sur le pont, contrairement à vous autres feignasses qui avez fait le pont.

On s’interrogera d’abord sur les ressorts cachés du pschitt de l’option Borloo. Bien sûr, il y a la version officielle du désormais président à plein temps du Parti radical, plus ou moins reprise par la plupart des éditorialistes : une rupture de dernière ligne droite entre Borloo et Sarkozy qui, après l’avoir envisagé un temps à Matignon, aurait jugé préférable de reconduire Fillon, notamment sous l’influence de l’UMP profonde (traduisez feu le RPR) et de son groupe parlementaire. Honnêtement, ça tient la route. Mais on pourra aussi être tenté par une version un peu plus oblique des faits. Certes, au terme de cette polka, Borloo n’est pas à Matignon; mais en un mois, qu’on le veuille ou non, son poids politique a été décuplé. Il a d’un seul coup retrouvé son crédit écorné à force de rognages successifs de son Marshall des banlieues puis de son Grenelle de l’environnement -sans oublier sa gestion, disons, approximative des dossiers. Or Sarkozy est le seul responsable de cette remonétisation de Borloo. Simple dégât collatéral de l’opération remaniement? A moins que le président, qui a oublié d’être bête, pense rendre désormais impossible l’émergence d’un concurrent centriste dangereux pour 2012: il peut compter sur Borloo, Morin et Bayrou pour régler ce détail.

Le come back d’Alain Juppé est bien sûr un autre moment fort de cette «séquence», pour reprendre le psittacisme médiatique de la saison. Certes, il est numéro deux du gouvernement. Mais on s’est bien gardé de lui donner l’Intérieur, les Finances ou la Justice. Coincée entre l’Otan d’une part et l’Elysée de l’autre, la Défense n’a plus grand chose de régalien (sinon, on ne l’aurait jamais filée à Morin!). Ce n’est assurément pas rue Saint-Dominique que se jouent les décisions stratégiques et la présence de la France dans le monde (ou plutôt son absence). N’empêche, pour essayer de réparer les dégâts de son prédécesseur, il faudra au moins la ruse, la culture et l’intelligence de Juppé. Des qualités qu’un esprit retors pourrait aussi juger utiles pour marquer à la culotte l’occupant actuel de Matignon…

Exit les charlots !

Néanmoins, ce remplacement à la Défense d’un branquignol par un cerveau politique a quelque chose d’emblématique. Exit les charlots en tous genres, qu’ils soient issus de l’ouverture à gauche, comme Kouchner et Fadela Amara, de la discrimination positive comme Rama Yade, de la parité comme Anne-Marie Idrac ou de la cuisse de Nicolas Jupiter, comme l’inénarrable Estrosi. On peut penser ce qu’on veut de la politique mise en place par Eric Besson (pour ma part, uniquement du mal), on est terriblement rassuré de voir ce teigneux à QI +++ remplacer à l’Industrie le sympathique mais ectoplasmique Niçois. Certes en échange de son départ, on récupère Mariani et Lefebvre (on aurait été plus avisé de garder Bockel, Novelli ou Falco, qui ont fait le job); mais il fallait bien donner quelques zakouskis à la droite de droite.

Toujours dans le cadre de la prime au sérieux, -et sans porter de jugement sur les politiques à venir[1. Hormis un épais a priori négatif, mais faut pas non plus m’en vouloir d’être de gauche] – on a vu sans trop de surprise rester MAM, Hortefeux, Mercier, Frédéric Mitterrand et Jean Noubly[2. Selon l’excellent gag de Basile], revenir Xavier Bertrand ou arriver le pétulant Maurice Leroy; on s’étonnera même, à cette aune, de l’absence de Gérard «The Brain» Longuet, qui n’aurait certainement pas déparé dans le décor. M’est avis qu’il n’invitera pas Martin Hirsch à son anniv’…

Autre surprise, heureuse celle-là: la nomination de Jeannette Bougrab[3. Message personnel: je ne lui en veux absolument pas de m’avoir privé de mon agréable passe-temps de sniper de la Halde sur Causeur] Elle a prouvé, en quelques mois d’exercice à la Hototo, including le coup d’éclat du procès Baby Loup, qu’une «issue de» n’était pas forcément qu’une «issue de» et qu’une charmante demoiselle pouvait aussi être sévèrement burnée.

Bref, du point de vue de la droite, on pouvait difficilement imaginer choix plus inspiré. En rupture totale, d’ailleurs, avec toutes les promotions improbables qui ont prévalu depuis 2002 (Remember les Juppettes…). D’ailleurs, si on cherche bien, la dernière fois que la France a été dirigée par des ultra-compétents, c’était du temps de Lionel Jospin (featuring Védrine, Mélenchon, Aubry, Allègre et même, un temps, Chevènement). On tenait là, tout comme avec Fillon II, une vraie équipe de killers!

L’Histoire a montré, hélas, que ça n’était pas forcément un gage de réussite…


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De l’Autonomie ouvrière à Jalons, en passant par l’Idiot International, la Lettre Ecarlate et la Fondation du 2-Mars, Marc Cohen a traîné dans quelques-unes des conjurations les plus aimables de ces dernières années. On le voit souvent au Flore.

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