Président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau voit dans Emmanuel Macron un président néolibéral fasciné par le modèle américain. Aux yeux du sénateur de Vendée proche de François Fillon, l’économisme présidentiel ne saurait comprendre les angoisses identitaires des Français. A charge pour la droite d’y répondre. 


Causeur. Vous faites partie de l’opposition au président Macron, tout en partageant une grande partie de ses idées, sur l’économie, mais aussi sur les questions régaliennes. Quel est votre principal point de désaccord avec lui ? Après tout, pas mal d’électeurs de droite pensent qu’il « fait le job ».

Bruno Retailleau. Il est possible qu’une partie de la « vieille droite » qui gouverne avec lui soit en accord avec sa politique économique ou régalienne, mais cela n’est pas du tout mon cas. Jusqu’à aujourd’hui, il n’obtient pas de résultats. Le chômage a très peu baissé, il a même atteint 6 millions de personnes toutes catégories confondues. Le pouvoir d’achat au premier trimestre a baissé. La croissance s’est affaiblie au cours du premier semestre ; et la France cumule deux déficits jumeaux, budgétaire et extérieur, qui nous placent à la traîne de l’Europe.

Reconnaissez que la politique économique de Macron ressemble fortement à celle que Fillon préconisait.

Non, je ne crois pas. Ses réformes sont timides. Les fameuses ordonnances sur le droit du travail ne sont qu’une version améliorée de la loi El Khomri. Qui plus est, sa politique est injuste : les plus aisés bénéficient d’une baisse des impôts tandis que ceux des plus faibles, notamment des retraités, augmentent. Avec la suppression de l’« exit tax », qui était un frein à la fraude fiscale, ça fait beaucoup ! Le candidat Macron avait promis de convertir la France à la mondialisation heureuse. Il avait même écrit un livre intitulé Révolution. On en est loin.

Sa politique néolibérale ne parvient pas à saisir l’angoisse culturelle et identitaire qui taraude les Français

Encore faudrait-il expliquer comment vous feriez des réformes plus radicales et plus justes !

Il faut rééquilibrer la sphère publique et la sphère privée, et en ce domaine Emmanuel Macron ne montre aucune ambition. Notre pays est le champion des prélèvements obligatoires et le gouvernement se contente de transférer les charges des uns vers les autres sans s’attaquer aux missions de l’État et à la dépense publique. Il l’a même augmentée en 2018 ! Peu d’ambit

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Causeur #60 - Septembre 2018

Article extrait du Magazine Causeur

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