Amy Adams dans Nocturnal Animals de Tom Ford.

Quand le cinéma américain se contente de son énergie formelle, il nous donne le meilleur. Quand il met son savoir-faire au service d’un projet moralisateur, il nous ennuie – ainsi pourrait-on résumer ce qu’inspire la sortie ce mois-ci de deux films, The Birth of a Nation (Nate Parker) et Nocturnal Animals (Tom Ford).

Le film de Parker part pourtant d’une solide intuition scénaristique. Son héros, Nat Turner (interprété par le réalisateur lui-même) est hanté par un fantasme : incarner la figure prophétique. Entre impuissance et mégalomanie, ce couple infernal de la psyché humaine, il cède à la violence extrême. Fort bien. Mais trop soucieux de dénoncer la société blanche – rien n’est trop laid, trop sale, trop veule dans ce Sud esclavagiste – et de protéger son héros de toute complexité, Parker transforme son film en une sorte de correction politique, version knout pour des blancs… D’autres, également convoqués, verront dans ce noir et blanc sans nuance la justification de leur ressentiment. Vu d’ici, ce n’est pas très intéressant.

Le Texan (et néanmoins ex-styliste de renom) Tom Ford réussit l’exact contraire. Il parvient à nous passionner pour une histoire et des personnages a priori sans grande épaisseur – une femme riche confrontée au souvenir de son premier mari, romancier, dont elle reçoit un manuscrit. Deux histoires – celle de ce couple défait et l’intrigue criminelle du roman – s’entremêlent de façon captivante et brossent un portrait d’une rare précision, celui d’un homme et d’une femme, tout simplement. Il n’y a là ni leçon ni « correction ». Juste des images, souvent d’une intense beauté et qui s’enchaînent avec une grande intelligence narrative. La rousse Amy Adams, merveilleusement filmée par Tom Ford, sait en dire long… sans presque dire un mot.

The Birth of a Nation, en salles le 11 janvier.

Nocturnal Animals, en salles le 4 janvier.

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