Alain Minc, président d’AM Conseil, fait un métier difficile : il conseille. Et les princes, même, dit-on. C’est une tâche bien ingrate, admettez-le : si le prince est intelligemment secondé, l’honneur lui en revient tout entier, et on en oublie le conseiller. Si le prince chute, la vindicte populaire en revanche se retourne forcément vers le père Joseph de service dont le siège devient ipso facto éjectable. Mais le plus injuste dans l’histoire, c’est qu’Alain Minc le conseiller ne bénéficie, lui, à l’évidence d’aucun conseil. Il s’avance à travers l’histoire sabre au clair, panache au vent, sans parapluie ni garde impériale. Il lui faut donc chuter au premier ravin ou se perdre au premier carrefour.

Et c’est peu dire que le président d’AM Conseil après avoir erré, ce qui est humain, en interdisant à Benoît XVI, « ce pape-là », ce pape allemand, de s’exprimer en aucune circonstance sur la question rom, a persévéré, ce qui est diabolique, dans le labyrinthe obscur de ses exhibitionnistes sophismes.

A quelques uns comme Christian Vanneste, Jean-Pierre Jouyet, Jean-Pierre Mignard ou encore Henri Madelin – le représentant du Saint-Siège au Conseil de l’Europe – qui lui faisaient courtoisement remarquer que Joseph Ratzinger, pape Benoît XVI, malgré son âge canonique avait en fait été assez peu partie prenante dans la solution finale, il réplique vertement (Le Monde du 14 septembre) que « comme tout Allemand, le pape n’est pas responsable de l’histoire, mais qu’il en est l’héritier ». D’où il nous faut malheureusement et logiquement déduire que pour un Allemand, être héritier, c’est être coupable. Donc Benoît XVI est coupable, mais pas responsable.

Mais il y a plus : AM sans conseil et sans vergogne nous explique que « c’est cette conviction », c’est-à-dire la conscience de cette dette, qui a poussé jadis Adenauer, Brandt, Scheel, Kohl, Fisher et autres von Weizsäcker « à construire la plus belle démocratie d’Europe, à être les meilleurs militants de la construction européenne et à s’estimer redevables d’une fidélité absolue vis-à-vis du monde juif. » Tu l’as dit, bouffi ! Premier éclair de génie, d’Alain Minc, qui, dommage ! s’éteint au moment d’énoncer la seconde proposition que les prémisses de ce syllogisme appelaient. Finissons donc sa phrase : c’est cette même conviction qui pousse aujourd’hui Joseph Ratzinger, pape Benoît XVI, à consolider la belle démocratie européenne et à s’estimer redevable d’une fidélité absolue vis-à-vis du monde rom, en critiquant la politique française à leur égard.
Enfin, c’est du moins ce que j’aurais soufflé au conseiller si j’avais eu à le conseiller.

Mais lui, non, ne croit pas que son raisonnement doive finir comme ça. Plus, cruel, il enfonce la balle dans son propre pied : il met au jour une somptueuse dialectique qui veut que le pape, quand il s’exprime en tant que pape dans ses allocutions, ne soit en fait qu’un vieil Allemand venu du temps d’Hitler aux yeux d’un conseiller du président français.

Tirons-en les conséquences qui s’imposent : il n’y a finalement rien d’étonnant à ce que Nicolas Sarkozy, ce fils de Hongrois, se soit mis en tête de persécuter les Roms, comme tous ceux de sa race.

Lire la suite