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Baudelaire, Haussmann et Hidalgo

Baudelaire, Haussmann et Hidalgo
DiChatz / Unsplash

L’urbanisme parisien sous Covid


Le vieux Paris n’est plus, la forme d’une ville / Change plus vite, hélas, que le cœur d’un mortel. Ainsi écrit Baudelaire dans Tableaux parisiens. En 1858, le poète ne reconnaît plus le Paris cher à son cœur que l’urbanisme d’Haussmann a transformé. Avec la destruction des vieux faubourgs, des immeubles cossus naissent le long des boulevards, éclairés la nuit, avec leurs trottoirs et leurs bancs, leurs arbres et des urinoirs. C’est à Haussmann qu’on doit des égouts sous terre, des espaces verts, des gares aux portes de la ville, la vie nocturne à la sortie des cafés. De ce Paris, nous bénéficions.

Paris aux mains des bobos

L’urbanisme parisien a toujours obéi à deux impératifs : l’hygiène et le logement. Dans les années 60, le fer remplace la pierre, la tour, le toit. Un mouvement de grande ampleur naît de l’urbanisme sur dalle, freiné, dans les années 70 et 80, par un retour à l’urbanisme haussmannien. À partir de 1974, les tours sont abandonnées. On réhabilite l’îlot ouvert. Notre-Dame du Travail et sa charpente originale de fer, (datant de 1902!) fait bon voisinage avec la rue des Thermopyles fleurant la glycine. L’élan vert se poursuit. Paris respire s’aère de squares, on plante des arbres. En 2000, Bertrand Delanoë veut relancer les tours: sans succès. La Petite Ceinture devient une promenade champêtre avec coquelicots et boutons d’or.

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Madame Hidalgo, elle, voue Paris aux vélos, aux piétons et aux chantiers. La vague verte submerge tout. De là des rues rétrécies et des places encombrées, comme celle du Panthéon, jonchée de lattes de bois, de pierres brutes en guise de bancs, d’arbres prisonniers. En été on s’y vautre, on y apporte son manger, les canettes vides jonchent le sol. Impossible de dormir pour les riverains. La maire, en revanche, ne soutient pas l’inscription des toits de Paris au patrimoine mondial de l’UNESCO, supprime les kiosques à journaux à l’ancienne ainsi que les colonnes Morris et privilégie, à la saison, les arcs-en-ciel sur les passages piétons. Paris est aux mains des bobos qui font pousser de la ciboulette sur leurs terrasses.

Paris, ville morte

À Paris, plus qu’ailleurs, l’espace devient l’ennemi : un vide qu’il faut remplir. Les grilles du Luxembourg, encombrées de photos d’ours polaires et d’oiseaux aux plumes criardes ne laissent plus voir la beauté du jardin. Les stations Vélib brisent le ruban gris des rues. Des statues informes poussent partout, devant les monuments historiques, dans les squares, tandis que les Halles exhibent la nudité de sa Canopée et son Forum fleurant l’urine. Que sera la métropole du Grand Paris ?

Dans Le livre des passages, Walter Benjamin fait un bilan pessimiste du Paris haussmannien. « Orphelins de leur vocation humaine, » les passages ne sont plus que des lieux dédiés au commerce de luxe. Que dire à présent ? La très féminine Covid achève le cœur battant de Paris. Tout est désert. Les commerces font place aux agences immobilières. Paris passe aux mains d’émirs chinois tandis qu’un diktat sanitaire tient les Parisiens et les Parisiennes barricadés, chez eux, devant leurs écrans, bâillonnés, hystérisés par la peur de vivre et de mourir.

Haussmann avait redessiné Paris par hantise des barricades. Le virus nous fait la guerre ? Avec l’opération « Paris, ville morte » plus de danger. Profitant du confinement, les rats y prolifèrent joyeusement. Un énième Conseil de défense se tiendra mercredi. Le temps de préparer les Français à toute éventualité : port d’un masque à oxygène préventif, descentes dans les caves au déclenchement d’une sirène, provision de pâtes et de menthe fraîche. Un hashtag de résistance a été lancé sur Twitter : Je ne # meconfineraipas.

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Marie-Hélène Verdier est agrégée de Lettres classiques et a enseigné au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Poète, écrivain et chroniqueuse, elle est l'auteur de l'essai "La guerre au français" publié au Cerf.

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