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Aya Nakamura à son tour frappée de «misogynoir»

Une forme de misogynie, où la race et le genre jouent un rôle concomitant

Aya Nakamura à son tour frappée de «misogynoir»
La chanteuse Aya Nakamura © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage : 00990767_000012.

Le magazine sociologique Marie Claire interviouwe la chanteuse Aya Nakamura. Comme Rokhaya Diallo, elle est victime de “misogynoir”. Explications.


Marie Claire fut un magazine féminin léger, facile d’accès, récréatif. On pouvait le lire à table, sur la plage ou au lit. Il est maintenant une revue sociologique qui scrute les phénomènes permettant d’expliquer les mutations de la société française en matière de féminisme, de racisme, d’intersectionnalité et de langue. Les sujets sont graves et la rédaction du journal n’hésite pas à les aborder par le versant le plus intellectuellement abrupt. On le lit dans un fauteuil, et on prend des notes.

Rokhaya Diallo a pu y faire récemment la promotion de sa bande dessinée dénonçant le « sexisme pernicieux » en France. Elle-même se dit discriminée. La preuve : sur les plateaux de TV elle est parfois interrompue. Selon le magazine sociologique, elle est victime de “misogynoir”.

Le lendemain, la revue a interviouwé Aya Nakamura, la chanteuse à textes qui illumine les journées du député LREM Rémy Rebeyrotte qui la trouve « absolument remarquable » : « Elle est en train de porter au niveau international de nouvelles expressions et évolutions de la langue. Et ça, ce sont des choses extrêmement fortes. »

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Avant que d’aller plus loin dans l’entretien qu’a donné cette possible future académicienne, nous nous devons de porter à la connaissance des lecteurs de Causeur le refrain de son tube Doudou qui a fait chavirer M. Reyberotte : « Mon chéri laisse, laisse-laisse tomber. Aime-moi, doudou Aime-moi, doudou. Montre-le moi, doudou, T’es mimi, dis-le moi, doudou. Prouve-le moi, doudou. Et ça, c’est quel comportement, doudou ? Tu me mens beaucoup. Ça, c’est quel comportement, doudou ? »

Une artiste qui bouscule les codes

Marie Claire a décelé dans le titre Djadja une réflexion sur « l’empowerment », ce que confirme Rhoda Tchokokam, critique “culturelle” qui a écrit un livre dans le but de « décoloniser la langue française »[tooltips content=”Le dérangeur : Petit lexique en voie de décolonisation, 2020″](1)[/tooltips] : « Elle est attachée à son identité et à ne pas la lisser. […] Elle ne veut pas changer son image pour plaire. Rien que ça, c’est inédit. » Ce qui est inédit aussi, c’est la prose extraite de Djadja : « Hello papi mais qué pasa? J’entends des bails atroces sur moi. À c’qui paraît, j’te cours après ? Mais ça va pas, mais t’es taré ouais. Mais comment ça le monde est tipeu? […] Oh Djadja. Y a pas moyen Djadja. J’suis pas ta catin Djadja, genre en Catchana baby tu dead ça. » Alors là, pour décoloniser la langue, ça décolonise. Ou ça colonise, tout dépend du point de vue. Enfin, comme l’écrit la journaliste de Marie Claire : « À sa manière, elle a bousculé les paysages médiatique et musical français. »

La chose est d’autant plus méritoire qu’Aya Nakamura est « une femme noire, à la peau foncée (sic), originaire de Seine-Saint-Denis… » et qu’elle est plus souvent critiquée depuis qu’elle est célèbre que du temps où elle était « une petite meuf d’Instagram avec six abonnés. » Comme c’est  curieux !

Un concept inventé par Moya Bailey

Si elle est attaquée, ce n’est pas à cause des textes de ses chansons, mais parce qu’elle est une femme noire, écrit la journaliste du magazine sociologique : « C’est ce que l’on appelle la “misogynoir”, concept sociologique inventé par l’universitaire afro-américaine Moya Bailey, qui définit une forme de misogynie envers les femmes noires, où la race et le genre jouent un rôle concomitant. » Décidément, on en apprend tous les jours.

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Il est certain qu’on ne voit pas ce qui pourrait être reproché d’autre à cette chanteuse. En tout cas pas ces textes envoûtants, à la métrique originale et stimulante, au sens poétiquement sibyllin, et qui montrent « la capacité de la langue à se réinventer sans arrêt et en même temps à continuer à porter ses accents et sa diversité », pour dire comme le député amouraché. Nous ne résistons pas à l’envie de citer une dernière fois cette artiste et à décourager ainsi, nous l’espérons, toutes les critiques des réactionnaires qui veulent voir la langue française figée dans des raideurs anciennes : « Blah blah blah d’la pookie. Ferme la porte, t’as la pookie dans l’side. Blah blah blah d’la pookie. Ferme la porte, t’as la pookie dans l’sas. Pookie, pook-pook-pookie. Ferme, ferme la porte, t’as la pookie dans l’side. Pookie, pookie, pookie. Ferme la porte, t’as la pookie dans l’sas. Ah, depuis longtemps, j’ai vu dans ça depuis longtemps. J’ai vu dans ça depuis longtemps, ah, ah, j’ai vu dans ça. »


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