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Attentat de Trappes : qui est Kévin T., le suspect traité pour schizophrénie ?


Attentat de Trappes : qui est Kévin T., le suspect traité pour schizophrénie ?
The ESSO service station suffered a terrorist attack with an automatic weapon on friday october 23, 2026. Trappes (west of Paris) France. PHOTO: CHRISTOPHE SAIDI / SIPA.//SAIDICHRISTOPHE_saidi0565/Credit:CHRISTOPHE SAIDI/SIPA/2610231751

Le suspect de 39 ans est accusé d’avoir ouvert le feu à Trappes et La Verrière, tuant Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et blessant cinq personnes, dont une fillette de 12 ans. L’enquête antiterroriste privilégie un mobile raciste. Son profil psychiatrique, son passé judiciaire, les armes retrouvées et la préparation de son appartement permettent désormais de mieux cerner un homme qui était inconnu des services de renseignement.


Vendredi 23 octobre, un homme circulant en Renault Clio a tiré en rafales dans les rues de Trappes puis de La Verrière. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, espoir du MMA d’origine congolaise, a été tué. Cinq autres personnes ont été blessées, dont une enfant de 12 ans grièvement touchée. Kévin T., 39 ans, a été interpellé peu après par des policiers de la BAC à Coignières. Le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour assassinat et tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance d’une appartenance vraie ou supposée à une race, une ethnie, une nation ou une religion.

Le suspect n’était pas fiché S et était inconnu de la DGSI et du renseignement territorial avant l’attaque. Il était en revanche connu de la police et son casier fait apparaître quatre anciennes condamnations selon les informations communiquées par des sources proches de l’enquête. Le Parisien cite notamment des antécédents liés à l’alcool au volant, au vol, au vol à l’étalage et aux stupéfiants.

Un appartement piégé et un pistolet-mitrailleur dans la voiture

Les constatations effectuées après son arrestation donnent une dimension supplémentaire à l’affaire. Avant les tirs, Kévin T. avait piégé son appartement de Plaisir avec des bouteilles de gaz et des fils électriques reliés à un minuteur, selon le Parquet national antiterroriste. Dans sa voiture, les enquêteurs ont découvert un pistolet-mitrailleur de type Sten ainsi qu’une bombe lacrymogène.

À son domicile, un exemplaire de Mein Kampf a été retrouvé, ainsi qu’une Bible et un Coran. Le Monde rapporte également que des tracts du Rassemblement national ont été découverts dans sa voiture. Plusieurs proches l’ont décrit aux enquêteurs comme raciste. Ces éléments alimentent l’hypothèse d’un mobile idéologique, mais l’enquête doit encore déterminer précisément comment ses convictions, son état psychiatrique et sa consommation de stupéfiants ont pu intervenir dans le passage à l’acte.

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Schizophrénie, cannabis et cocaïne

Lors d’une première audition consacrée à son identité et à son parcours, Kévin T. a déclaré aux enquêteurs souffrir de schizophrénie et suivre un traitement. Selon plusieurs sources proches de l’enquête, ce diagnostic et ce suivi médical sont connus des enquêteurs. Après un examen psychiatrique réalisé samedi soir, sa garde à vue a été levée et il a été transféré à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police pour une période d’observation pouvant durer 48 heures. L’objectif est de déterminer si son état est compatible avec la reprise des auditions.

Le Parquet national antiterroriste a également annoncé que les analyses toxicologiques avaient révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang au moment des faits. Ces données ne suffisent pas à déterminer son discernement au moment de l’attaque. En droit pénal, les experts devront distinguer une éventuelle altération du discernement, qui n’empêche pas les poursuites, d’une abolition du discernement, susceptible d’entraîner une irresponsabilité pénale.

Le fait qu’un suspect soit atteint de schizophrénie ne permet pas, en lui-même, d’expliquer un passage à l’acte violent : l’immense majorité des personnes souffrant de cette maladie ne commettent pas de violences. Dans ce dossier, les enquêteurs doivent précisément éviter de confondre trois dimensions différentes : une pathologie psychiatrique déclarée, une possible motivation raciste documentée par plusieurs éléments matériels et une consommation de drogues au moment des faits.

Attentat de Trappes : le profil du suspect déroute les enquêteurs

Le profil de Kévin T. étonne parce qu’il ne correspond pas complètement aux catégories habituelles. Inconnu de la DGSI et du renseignement territorial avant l’attaque, il n’était pas identifié comme militant appartenant à une organisation structurée. Les enquêteurs disposent pourtant d’éléments laissant envisager une préparation de son passage à l’acte et un possible mobile idéologique. À cela s’ajoute un parcours psychiatrique désormais au centre des investigations.

Cette combinaison rappelle, avec toutes les précautions nécessaires, certains profils de « loups solitaires » rencontrés dans des affaires djihadistes. Non parce que leurs idéologies seraient comparables, mais parce que plusieurs passages à l’acte terroristes commis par des individus isolés ont posé la même difficulté aux enquêteurs : déterminer ce qui relève de la conviction idéologique, de troubles psychiatriques, d’une trajectoire personnelle chaotique ou de l’interaction entre ces différents facteurs. Un individu peut être radicalisé sans appartenir à un réseau et présenter parallèlement des troubles psychiques importants.

Le cas de Kévin T. oblige à poser exactement ces questions. Il a déclaré souffrir de schizophrénie et suivre un traitement. Des analyses ont également révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son organisme. Son état a justifié la suspension de sa garde à vue et son placement en observation psychiatrique. Mais d’autres éléments matériels conduisent les enquêteurs à ne pas réduire l’affaire à celle d’un homme déséquilibré ayant agi au hasard : arme, préparation de son appartement, choix des victimes et éléments susceptibles d’éclairer un mobile raciste doivent être examinés séparément.

Il faut ici éviter un raccourci. La schizophrénie n’est pas synonyme de violence et l’immense majorité des personnes qui en souffrent ne commettent évidemment aucun attentat. La question judiciaire est beaucoup plus précise : dans quel état mental Kévin T. se trouvait-il au moment des faits, son discernement était-il intact, altéré ou aboli, et quelle place une éventuelle idéologie raciste occupait-elle dans son passage à l’acte ?

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La vieille question du terroriste et du déséquilibré

L’affaire fait ainsi ressurgir un débat que la France connaît depuis les années d’attentats djihadistes. Après plusieurs attaques commises par des individus présentant des antécédents psychiatriques ou des trajectoires personnelles particulièrement instables, une question revenait régulièrement : a-t-on affaire à un malade qui se saisit d’une idéologie pour donner un sens à sa violence, à un terroriste souffrant parallèlement de troubles psychiatriques, ou aux deux à la fois ?

Il n’existe pas de réponse générale. Chaque dossier est différent et l’expertise psychiatrique ne peut être remplacée par une lecture politique. Mais Kévin T. rappelle combien les auteurs isolés constituent un défi pour les services de renseignement. Un réseau laisse des contacts, des communications, des déplacements et parfois des financements. Un individu qui se radicalise seul, dont le comportement se mêle à des troubles psychiques ou à une consommation de stupéfiants, peut être beaucoup plus difficile à détecter avant son passage à l’acte.

C’est peut-être l’aspect le plus inquiétant de l’affaire de Trappes. Après plus d’une décennie marquée par les attentats islamistes, les attaques commises par des individus isolés et désormais la crainte de violences provenant d’autres radicalités politiques, la France reste confrontée à la même difficulté : repérer avant qu’ils ne frappent des individus qui se situent à la frontière de la radicalisation, de la haine et parfois de la psychiatrie.

Aucun dispositif de renseignement ne permet de supprimer totalement ce risque. L’affaire de Trappes ne permet pas davantage de conclure à une nouvelle vague terroriste. Elle montre en revanche que la question du passage à l’acte individuel reste saillante dans une société française déjà profondément marquée par la violence politique et terroriste. Entre radicalisation idéologique, troubles psychiatriques et circulation des armes, la prévention se heurte toujours au même problème : certains individus ne deviennent visibles qu’au moment où ils passent à l’acte.

Ses parents et plusieurs proches placés en garde à vue

Quatre membres de l’entourage familial et amical du suspect ont été placés en garde à vue après l’attaque, parmi lesquels ses parents. Cette mesure vise notamment à reconstituer son parcours récent, ses propos, son accès aux armes et la préparation des faits. Elle ne signifie pas que ces proches sont soupçonnés d’avoir participé à l’attaque.

Un autre point impose une prudence particulière : dans les heures ayant suivi la fusillade, la photographie et le nom complet d’un autre homme portant le même prénom et la même initiale de nom ont circulé massivement sur X, Facebook et Instagram. Le Monde a confirmé auprès d’une source judiciaire que cet homme avait été accusé à tort. Certaines publications erronées ont dépassé plusieurs centaines de milliers de vues. L’identité complète du véritable suspect n’a donc pas à être déduite de ces publications.

À ce stade, les faits matériels sont lourds : une attaque préparée, une arme automatique, un appartement piégé, un mort et cinq blessés, des éléments racistes relevés par les enquêteurs et une saisine du parquet antiterroriste. Le profil psychiatrique de Kévin T. est désormais une question centrale de la procédure, mais il ne remplace pas l’enquête sur ses motivations. Les experts doivent déterminer son état mental ; les policiers et magistrats, eux, doivent établir pourquoi il a choisi ses victimes et jusqu’à quel point son attaque avait été préméditée.



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