Il a voté non à Maastricht et au référendum sur le Traité constitutionnel européen. Il se dit patriote et exécré par ces « élites parisiennes conformistes qui vivent dans l’impunité, qui font la pluie et le beau temps, qui disent vous êtes des dingues, des abrutis, des fachos, dès que vous pensez différemment ». Vous pensez Patrick Buisson, Eric Zemmour ou pourquoi pas Henri Guaino ? Regardez bien plus à gauche, vous y trouverez Aquilino Morelle.

Ce fils de républicain espagnol incarne à lui seul la méritocratie. Avec pour père un ouvrier, affûteur chez Citroën à Nanterre, et une mère qui n’aura jamais parfaitement maitrisé le français, Aquilino écarte d’emblée les propensions à l’excuse, monnaie de singe pour une République qui a fondé son contrat social sur l’égalité. Jeune homme, Aquilino choisit Médecine, puis quasiment dans le même temps, intègre l’ENA après un passage à Sciences Po.

Il est de ces médecins qui n’ont jamais exercé mais qui connaissent le serment d’Hippocrate mieux que les autres. Au chevet de l’Etat, malade parmi les malades, Aquilino fait siennes les paroles du médecin grec : « Je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice […] me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves. » Est-ce à cette promesse qu’il pense lorsqu’il rejette la prostitution de la France à l’Europe ou lorsqu’il planche tour à tour sur l’affaire du sang contaminé et sur celle du Mediator ?

C’est Pierre Moscovici qui le remarque au grand oral de l’ENA et c’est Lionel Jospin, alors Premier ministre, qui lui donne l’occasion de faire ses armes. Au parabellum et à l’estoc, il préfère la plume. A ses côtés, le jeune Manuel Valls, porte-parole de Matignon, à l’histoire similaire (son grand-père, rédacteur en chef d’un journal républicain et catholique, a caché des prêtres persécutés par les trotskistes et les anarchistes). A l’un le verbe, à l’autre de le faire chair.

Le 21 avril 2002 sonne le glas d’une ascension fulgurante. Aquilino Morelle rejoint Euro RSCG lorsque son mentor annonce son retrait de la vie politique. De docteur à spin doctor, cherchez l’erreur. De ces années, le plus français des espagnols en tire une leçon positive : il sait au moins là où il ne veut pas aller, une qualité politique suffisamment rare pour être soulignée. En 2005, Morelle rejoint Arnaud Montebourg dans son combat contre le Traité constitutionnel Européen. Ils sont peu à avoir compris que signer ce traité, c’est signer la mort d’un des deux corps du roi, cette théorie politique développée par Ernst Kantorowicz. Fin 2011, après la primaire socialiste, afin de rassembler une France divisée, notamment par le « non » au référendum, François Hollande se rapproche d’Aquilino et en fait son nègre.

Si beaucoup lui reprochent une certaine autosatisfaction, ils lui reconnaissent sans mal le rôle qu’il a joué dans la supériorité télévisuelle du candidat Hollande lors du débat de l’entre-deux-tours. Car la tirade « Moi, Président de la République » digne de Cyrano de Bergerac répondant au Vicomte de Valvert est vraisemblablement celle qui aura définitivement fait basculer le candidat PS dans le camp des gagnants. Aquilino Morelle, retenez ce nom ! Car les cinq prochaines années ne se feront pas sans lui.

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