Le « manifeste contre le nouvel antisémitisme » a fait parler. Parfois pour le saluer, souvent pour le nuancer. Il serait « dangereux » de parler d’antisémitisme en France. Et encore plus de nommer ses adeptes… L’édito d’Elisabeth Lévy.


C’est vrai, mais il ne faut pas le dire. Depuis quinze ans, au bas mot, l’existence d’un antisémitisme que l’on continue, bizarrement, à dire nouveau pour éviter de dire d’où il vient, est le secret de polichinelle le mieux gardé de la République. Des palais du gouvernement aux bistrots, tout le monde sait qu’il existe, qu’il n’est pas le fait de crânes rasés, mais de barbus, que c’est à cause de lui que des juifs quittent le pays : aussi surprenant que cela soit pour un journaliste de France Inter, on peut vivre avec des vieux crabes qui chantent des chants nazis, pas avec des gens qui agressent vos gosses. Il n’y a plus un enfant juif, aujourd’hui, dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis, tout le monde le sait, et tout le monde sait pourquoi : parce que dans la France d’aujourd’hui, il est, sinon impossible, très difficile pour des juifs « isolés » de vivre dans des quartiers majoritairement peuplés de musulmans. C’est un fait. Et si c’est vrai, on doit le dire.

L’antisémitisme est un problème français

Pour de nombreux juifs, et pour tous les Français qui pensent que l’antisémitisme n’est pas le problème des juifs, mais celui de la France, le plus désespérant n’est pas la peur mais le déni, le plus révoltant n’est même pas la haine islamiste (dont ils ne sont d’ailleurs pas, tant s’en faut, les seules cibles), mais l’indifférence ou le scepticisme de nombre de leurs concitoyens, l’indignation sélective de presque toute la gauche politique, culturelle et médiatique, qui ne voit les antisémites que quand ils sont bien de chez nous. L’émotion suscitée dans tout le pays par la mort de Mireille Knoll, la onzième citoyenne française assassinée parce qu’elle était juive depuis 2006, puis la parution, dans Le Parisien du 22 avril, d’un « Manifeste contre le nouvel antisémitisme »1 signé par 300 personnalités dont Nicolas Sarkozy, Manuel Valls et Laurent Wauquiez, ont fait penser à beaucoup que le mur du silence avait enfin cédé sous les coups de boutoir du réel. Pas de périphrase ni d’euphémisation et encore moins d’excuse sociale : la plume de Philippe Val n’a pas tremblé quand il a rédigé ce texte qui établit un lien direct entre la recrudescence des actes antijuifs et la terreur que font régner les islamistes sur les musulmans de France, affirme que « l’antisémitisme musulman est la plus grande menace qui pèse sur l’islam du XXIe siècle », et appelle l’islam de France à ouvrir la voi

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Causeur #57 - Mai 2018

Article extrait du Magazine Causeur

Lire la suite