Dans Le Monde du 24 avril, une trentaine d’imams s’engagent à combattre la radicalisation. Mais c’est pour mieux rejeter la faute sur les autres et se démarquer du « Manifeste contre le nouvel antisémitisme » auquel ils répondent. Mohamed Guerroumi, musulman laïc engagé dans le dialogue interreligieux et signataire du « manifeste », dit son indignation. 


Il y a parfois des réactions malsaines et grand-guignolesques, des indignations grotesques, des opinions ou des prises de position qui reflètent bien plus l’indécence, l’hypocrisie et la mesquinerie, qu’un sentiment de bon aloi et de sincérité, suscitant en moi une colère contenue accompagnée d’un profond dégoût.

Dès la publication, dimanche dans Le Parisien, du « Manifeste contre le nouvel antisémitisme », signé par plus de 300 personnalités dont quelques-unes parmi les plus controversées dans l’opinion publique, certains présomptueux dignitaires autoproclamés, de cet islam de France qui ne veut plus rien dire, se sont aussitôt offusqués en déversant leur acrimonie et leur algarade acerbe contre ce manifeste, créant intentionnellement une confusion et une incompréhension emplie de désinvolture parmi la population française de confession musulmane, au prétexte fallacieux que cet appel à lutter contre le nouvel antisémitisme, dont souffrent nos concitoyens juifs, préconiserait, selon ces pédantesques dynastes de mosquées, l’abrogation pure et simple de certains versets du Coran.

Or, si j’ai co-signé ce manifeste en toute connaissance de cause, au risque de me voir injurié et calomnié par quelques coreligionnaires excités, ignorants et obtus, c’est justement parce qu’il offrait, aux musulmans sincères attachés au Coran et à Dieu Seul, l’opportunité de frapper un grand coup de pied dans tout ce ramassis d’obsolescence sclérosée d’une religiosité islamique aliénante, caractérisée par l’anachronisme et la désuétude de l’interprétation exégétique du Coran, entretenue par ces castes cléricales de la bigoterie islamiste, héritières de la contrefaçon cultuelle les unes des autres.

Pourtant, le principe émanent dans le fondement de ce manifeste est sans appel : tant que subsistera une moindre once d’antisémitisme en France, en Europe et dans le monde, dans l’interprétation des Textes religieux, dans les traditions cultuelles, culturelles et sociétales, dans la citoyenneté et dans le respect de la dignité humaine, le racisme sous toutes ses formes et la xénophobie ne disparaîtront jamais !

Craignant probablement de céder une part de leur autorité, fort illégitime au demeurant, et de leurs privilèges implicitement acquis, une trentaine d’imams se sont obligés à émettre et diffuser, mardi 24 avril dans Le Monde, une tribune par laquelle ils dénoncent l’antisémitisme et le terrorisme en France, tout en proposant la main sur le cœur, après leur longue et douteuse léthargie, de s’impliquer davantage « dans le combat républicain contre ces phénomènes ».

Désireux de se distinguer nettement, par l’émission de leur tribune, du « Manifeste contre le nouvel antisémitisme », ne manquant pas d’exposer béatement leur tartuferie hypocrite, ils fustigent d’autres imams en déclarant :

« Le courage nous oblige à le reconnaître. Beaucoup d’imams ne réalisent pas encore les dégâts que pourraient provoquer leurs discours à cause d’un déphasage par rapport à notre société et à notre époque, et dont ils n’estiment pas les effets psychologiques nocifs sur des esprits vulnérables. » 

Oui, en effet, il faut bien du courage pour dire des âneries pareilles. « C’est pas moi, c’est l’autre ».

« Depuis plus de deux décennies, des lectures et des pratiques subversives de l’islam sévissent dans la communauté musulmane, générant une anarchie religieuse, gangrenant toute la société », ajoutent-ils dans un langage de sainteté. Pour eux, c’est une situation « cancéreuse à laquelle certains imams malheureusement ont contribué, souvent inconsciemment ».

Et n’oubliant pas au passage d’en rajouter une couche à leurs ambitions et au statut social qu’ils s’octroient, les 30 signataires de cette tribune des imams de France osent se permettre d’offrir leurs… services après-vente, en quelque sorte :

« Nous voulons proposer notre expertise théologique aux différents acteurs qui sont confrontés au phénomène de la radicalisation dans les prisons, les établissements publics, fermés et ouverts, afin de répondre à des aberrations religieuses par un éclairage théologique lorsque les arguments avancés par les jeunes sont d’ordre religieux. Une expertise que seuls les imams peuvent apporter ». 

Ce collectif des 30 imams, autoproclamés experts théologiques, oublient sciemment de préciser que la radicalisation islamiste, qui se nourrit allègrement d’antisémitisme, ne peut être combattue sans procéder à un réexamen de l’interprétation exégétique du Coran, sans la désacralisation et la mise au rebut des textes apocryphes, ou la désanctification idolâtre de la spécieuse tradition prophétique, sans une réforme en profondeur de l’islam.

Non, Messieurs les 30 imams, vous semblez une fois de plus avoir raté le train. À dos d’ânes, vous parviendrez peut être à atteindre la bonne direction, faute d’une destination théologique acceptable.

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