Le photographe Hubert Le Campion avec les soldats de l'A.L.N en Kabylie, avril 1962. SIPA. 00418377_000002

Causeur : Dès les lendemains de la guerre, votre père s’engage en faveur de l’indépendance des peuples colonisés, d’abord en Afrique noire, puis aux côtés du FLN.

Viviane Candas : Oui, il y avait une continuité entre son engagement antinazi et la lutte contre le colonialisme.

À l’époque, cette « continuité » n’allait pas de soi.

Pour lui et ses amis, si. Pour d’autres non. Certains combattants de la France libre, je vous l’accorde, ont d’abord été très gaullistes, puis, après que le général a trahi les pieds-noirs, OAS. Le Parti communiste lui-même a voté les crédits de guerre en 1956, soutenu Guy Mollet et l’envoi du contingent pour une guerre très dure. En revanche, le Parti communiste algérien a soutenu clairement l’indépendance. De nombreux militants étaient juifs. Ils se souvenaient des pieds-noirs majoritairement pétainistes… avant le débarquement américain de novembre 1942.

Comment expliquez-vous cette prise de conscience précoce d’Yves Mathieu et, en particulier, son engagement en faveur des Africains ?

Il est possible que sa proximité avec le sergent Diabo, son compagnon d’armes pendant toute la campagne d’Italie, ait eu une influence, ou accéléré son parcours politique. En tout cas, dès qu’il arrive en Afrique noire, après-guerre, il écrit à ses parents « Maintenant je veux me battre pour la liberté des noirs d’Afrique. »

Le sergent Diabo, c’est l’homme de la photo que vous présentez.

Oui. Il faut comprendre la genèse du film. Je savais peu de choses sur mon père. Du fait des circonstances troubles de sa mort, de la nécessité d’y survivre, ma mère ne m’en parlait pas. Après son décès, en rangeant ses tiroirs, je tombe sur des affaires qui avaient appartenu à mon père – courriers, photographies. Très peu d’éléments en réalité, mais qui vont constituer une sorte de fil rouge que je ne lâcherai pas. À partir de ces éléments, je vais tâcher de reconstituer le parcours d’Yves Mathieu, tout en m’efforçant de soutenir le lyrisme, la ferveur d’une époque et d’un combat. Selon vos engagements politiques, ce lyrisme peut vous hérisser.

L’une des dimensions du film – à mon avis, la plus belle – est celle de l’enquête, de l’enquête impossible. Dans un même mouvement, vous renoncez d’emblée à obtenir vérité sur la mort de votre père et vous vous obstinez…

Il s’agissait pour moi de déterrer ce père, de l’incarner à partir de trois fois rien et de la parole des gens qui l’ont connu…

Lisez la suite de l’interview sur le blog d’Olivier Prévôt.

 

 

 

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