« La lutte contre le racisme, cheval de bataille de Nelson Mandela, notamment pendant la Coupe du monde au pays en 1995, se poursuit encore aujourd’hui. » C’est par ces mots que le site spécialisé Eurosport.fr annonçait il y a quelques jours la décision de la fédération sud-africaine de rugby (SARU) d’instaurer des quotas de joueurs noirs dans toutes les sélections de rugby du pays.

En réalité, cette politique n’est pas nouvelle puisque la SARU avait déjà contraint la sélection nationale, le 24 février dernier, à choisir « sept joueurs non blancs » dont deux « obligatoirement noirs » pour la coupe du Monde 2015.

Mais l’institution a décidé d’aller beaucoup plus loin, comme l’indique un rapport publié début septembre : « En 2019, 50% des joueurs de la sélection (ainsi que les joueurs des clubs) devront être noirs. Dans les cinq ans à venir, 40% des managers et 50% des coaches devront également l’être. Dès 2015, 7 joueurs sur 23 de toutes les équipes de Super Rugby devront être de couleur noire, et il devra y avoir au moins 5 joueurs de couleur noire en même temps sur le terrain. 80% des joueurs recrutés par les académies devront également « à l’avenir » être de couleur noire. » (source Lequipe.fr)

Que le racisme n’ait pas totalement disparu en Afrique du Sud, ce n’est pas vraiment un scoop. Que les recruteurs se tournent davantage vers les écoles riches dotées de meilleures infrastructures et dans lesquelles les blancs sont majoritaires, c’est fort probable. Mais on peut légitimement se demander si la meilleure façon de combattre le racisme consiste à distinguer sans cesse noirs et blancs. Et la meilleure façon de garantir l’équité à créer des quotas.

Il faut croire que oui, puisque cette politique tellement révélatrice des progrès de nos civilisations séduit d’autres sélections de l’hémisphère sud, comme nous l’apprend un article de L’express du 8 septembre : « Ainsi, pour la coupe du Monde 2015, le squad de l’équipe d’Australie devra comporter 10% de noirs dans son staff. Et le sélectionneur, Ewen McKenzie, devra choisir au minimum cinq joueurs de couleur, selon les statuts de la fédération australienne. »

Lors de la Coupe du Monde, qui débute samedi, le sélectionneur de l’Afrique du Sud, Heyneke Meyer, qui a déjà fait l’objet de nombreuses accusations de racisme, aura-t-il la possibilité, s’il juge un de ses joueurs noirs fatigué ou en méforme, de le remplacer ? Pire, aura-t-il le droit de le remplacer par un blanc ? Et quid du métis ? On a hâte que la SARU statue sur ce sujet. En août, un syndicat de travailleurs du pays, qui lui intimait de mettre sur le terrain « une équipe des Springboks plus représentative de ce qu’est l’Afrique du Sud », avait bien failli obtenir sa tête.

Plus près de nous, en 2011, Laurent Blanc et plusieurs représentants de la FFF subissaient les foudres médiatiques pour avoir évoqué la mise en place de quotas tacites dans le monde du football, afin d’éviter notamment la fuite des binationaux vers leurs pays d’origine. Aujourd’hui, ces mêmes journalistes saluent l’apparition de quotas officiels dans la sélection sud-africaine, Le Monde qualifiant ce plan d’« ambitieux » et les grands journalistes d’Eurosport.fr n’hésitant pas à comparer cette initiative au combat de toute une vie de Nelson Mandela.

Un monde dans lequel trier les hommes en fonction de leur couleur de peau permettrait de combattre le racisme et dans lequel l’instauration de quotas garantirait l’égalité, avouez qu’il fallait y penser. Pour un scénario à la Invictus, on repassera…

*Photo : SIPA/REX40397323_000022

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