Guerre froide en plein conseil de sécurité

Qui est responsable de la crise des migrants ? Le russe Sergueï Narychkine, président de la Douma et homme-clé du parti poutinien Russie Unie, le sait et le clame haut et fort : l’OTAN et les Etats-Unis.  Dans un discours devant les représentants de 56 pays, lors de l’assemblée parlementaire de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) en Mongolie,  l’homme d’Etat russe n’y est pas allé avec le dos de la cuillère : « Je ne suis pas un partisan des théories du complot, prend-il soin de préciser, mais la question doit être posée : l’Europe, n’est-elle pas le but ultime de ceux qui ont, avec une telle persistance maniaque, déstabilisé la situation en Afrique du nord et au Proche-Orient au cours des dernières années? ».

Quelques phrases plus tard, il a répondu à sa propre question : « Malheureusement, depuis longtemps, l’Europe observe et contemple froidement comment la botte militaire de l’Otan piétine les idéaux moraux et les règles fondamentales qui sont à la base du droit international. J’en parle en prenant exemple sur les positions de l’Europe par rapport aux interventions en Irak, en Libye et par rapport à ce qui se passe actuellement [..] Les masques tombent. Les peuples commencent à s’interroger, ils comprennent que les directions de Washington altèrent la souveraineté nationale de leur pays [..] On pouvait supposer et savoir que ce flux de réfugiés, de pauvres gens qui fuient une mort annoncée, se précipiterait vers les pays prospères de l’Union européenne. »

Beaucoup de choses sont possibles et le fait que les Etats-Unis portent une part de responsabilité dans la situation actuelle est une évidence. En même temps, on peut aussi rappeler la désastreuse guerre soviétique en Afghanistan qui n’a pas non plus contribué à la paix et à la stabilité dans le monde ou encore les relations étroites entre Moscou et Damas qui n’ont pas empêché les dirigeants syriens de transformer une crise politique grave en guerre civile qui menace toute la région.

La thèse russe selon laquelle le gouvernement américain avait, dès 2011, compris la situation en Syrie puis mis en place un plan qui s’est déroulé exactement selon ses attentes, est bien flatteuse pour le pays de l’Oncle Sam. Dans ce jeu de billard à trois bandes, Narychkine n’est pas seulement spécialiste en géopolitique mais aussi acteur de la partie. Comme on commence à le comprendre depuis quelques semaines, les Russes ont décidé de s’investir davantage dans la crise syrienne. Le ministre des Affaires étrangères américain, John Kerry, tout aussi neutre que Narychkine, rejette la version russe de l’affaire syrienne.

Sur la scène de l’OSCE, se joue l’acte politico-médiatique des grandes manœuvres stratégiques. Le rideau tiré, il nous reste à comprendre le sens de l’intrigue. Le renforcement de la présence russe en Syrie est la preuve que le régime et ses alliés chiites (l’Iran et le Hezbollah) n’arrivent pas, malgré les succès de 2014, à changer le cours de la guerre. Difficile de ne pas penser, côté Moscou, à l’Afghanistan, côté Washington, à l’Irak. Si Poutine se risque à accroitre sa présence en Syrie, c’est que l’enjeu doit vraiment être de taille.


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est journaliste à Causeur

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