Dans Une femme qui ment l’écrivaine et réalisatrice Marie Binet brosse le portrait d’une femme inoubliable: sa mère.

Le dernier livre de Marie Binet relate une histoire à peine croyable. Celle d’une jeune femme aux cheveux blonds et au teint de lait qui découvre à 25 ans qu’elle est noire. Cette histoire c’est la sienne. Pour celle qui fut l’assistante d’Éric Rohmer, puis la compagne de Roland Topor et qui compte à son actif plus d’une quarantaine de films, tout commence à la mort de sa mère. Une femme fantasque, auréolée de mystère. Une princesse hongroise arrivée d’Amérique, dont la propre fille ne connait ni le père ni la mère ni les grands-parents.
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Dans un tiroir de la maison familiale, Marie Binet trouve une pochette. Faisant fi de l’interdiction de sa sœur et de ses frères, elle décide de l’ouvrir, bien loin de se douter que sa vie va en être à jamais bouleversée. Les premières découvertes sont pour le moins étonnantes. Les lettres qui étaient envoyées à sa mère étaient adressées qui à Anouchka, qui à Annie, qui à Katherine, une seule à Agnès, son prénom d’origine. Ses papiers d’identité stipulent quant à eux qu’elle est née en 1917, d’autres en 1921. La mère avait beau cacher son âge à ses propres enfants, il y a déjà de quoi être perplexe. L’écrivaine tombe alors sur une photo. Celle d’un petit garçon au regard triste qui lui ressemble étrangement. Elle décide alors de mener l’enquête et de faire toute la lumière sur cette inconnue : sa mère. Une enquête qui la mènera d’abord à Marseille où elle fera la connaissance de celui qu’elle identifiera bientôt être son demi-frère. Un « orphelin de cinquante ans » rêvant encore de celle qui l’abandonna lorsqu’il était enfant. La scène des retrouvailles compte parmi les plus émouvantes de ce livre qui n’en manque pas. Cet homme doux et timide lui racontera la version officielle de son abandon. Contrairement à ceux qui connaissaient son existence et avaient tout fait pour le couper de sa mère, Jean-Marie ne juge pas. Marie non plus, qui poursuit avec une ardeur décuplée la quête de ses origines. Une quête dont elle ne sait pas encore qu’elle la conduira jusqu’aux Antilles. De fil en aiguille, Marie Binet découvrira que cette mère qui se disait princesse hongroise était en réalité la fille naturelle d’un mulâtre martiniquais. Que loin d’être née en Floride à quelques encablures de Miami, elle avait vu le jour au Carbet, petit village antillais.
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Ne faisant ni une ni deux, l’écrivaine saute dans un avion avec sa fille. Direction Fort de France. Là elle fait la connaissance de la grande famille de celle qui se prétendait orpheline : la sienne. Portrait d’une mystificatrice de haut vol Une femme qui ment n’est pas un livre de plus sur les secrets de famille mais un formidable roman d’aventures. Il y a le talent de la fille, il y a le charme de la mère. Mais la fantaisie, l’énergie et la gaieté de ce récit haut en couleur ne doivent pas en masquer la profondeur. Il y est question d’une femme qui, pour survivre, n’eut d’autre choix que de nier ses origines et d’une fille qui lui rend un hommage bouleversant.
Une femme qui ment de Marie Binet, Editions Maurice Nadeau 240 pages
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