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Vive le jazz !

La rentrée littéraire de Pascal Louvrier (4)


Vive le jazz !
Alain Genestar. © JF Paga

A New York, en 2007, une jeune chanteuse de jazz de 27 ans meurt sur les rails du métro. Accident, suicide ou crime? Un jeune journaliste et un ancien photographe de guerre se lancent sur les traces de la mystérieuse Sarah. Avec La Femme au manteau de loutre, Alain Genestar signe un polar musical où le jazz, la mort et le diable jouent une étrange partition.


New York, 2007. La ville verticale et violente, longtemps système nerveux de la planète, qui jazze, swingue, a parfois des coups de blues, avec la neige de janvier qui se transforme en boue grise sur la 60e Rue, non loin de la « Fifth Avenue Station », est le cadre du nouveau roman d’Alain Genestar, La Femme au manteau de loutre. Le lieu du drame.

Alain Genestar a publié le remarquable Pour mémoire, retour à Auschwitz, avec Simone Veil, en 2018 – Pocket, 2025 – qu’il faut relire d’urgence en ces temps de grande confusion généralisée. Il fut directeur du Journal du dimanche et de Paris Match, et cofondateur, avec sa famille, de Polka, un magazine chic de photos. Il connaît New York, qu’il arpente à pied, écoute du jazz, l’une de ses passions, lorsque le crépuscule vire au morose.

Une femme sur les rails

Le lieu du drame, donc. Une jeune femme en manteau de loutre vient d’être percutée par une rame de métro. On emploie l’euphémisme «accident de personne». Suicide ? Crime ? Le doute est permis. Un jeune journaliste stagiaire au Times s’empare du fait divers. Il se nomme Joaquin Macarell. Du sang catalan coule dans ses veines. C’est dire qu’il ne lâchera pas le morceau facilement. Il est aidé dans ses recherches par un ancien photographe de guerre saturé de scènes insoutenables. Ce point important du roman permet à Genestar d’évoquer l’immense Sebastião Salgado, décédé en 2025. Un jour, devant des étudiants, le photographe lance : « La photographie est un acte d’engagement. C’est une manière de dénoncer les injustices, de montrer ce qui est invincible, de rendre les choses visibles. » Citant encore Salgado, Genestar souligne qu’on peut « mourir de l’intérieur » à force de photographier l’agonie des opprimés de la terre.

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Le jazz dénonce également les injustices sociales et tente de calmer les blessures. Le roman, d’une époustouflante érudition, nous fait partager ce monde musical envoûtant. On va même découvrir le désespérant « Club des 27 », rassemblant les génies de la musique et du chant morts à l’âge de 27 ans. Le résultat d’un pacte mystérieux passé avec le diable ? Le roman explore la piste.

Le jazz au cœur de l’enquête 

Alors pourquoi l’irruption du jazz dans ce drame urbain ? Il semblerait que la victime se prénomme Sarah, qu’elle soit une chanteuse qui vient d’avoir 27 ans. Avec Dinah, sa sœur, de deux ans sa cadette, elles se produisent régulièrement autour de minuit dans un club de Harlem, le St. Nick’s. Elles sont belles et talentueuses, dotées d’une voix de mezzo-soprano. On pense aussitôt à Aretha Franklin. La comparaison est certes flatteuse, mais justifiée. L’entrée dans le club ravira les amateurs. Extrait : « Au St. Nick’s, il n’y a pas de scène, les musiciens jouent au milieu du public. Un public peu nombreux vu que l’espace se réduit à une sorte de couloir avec le vestiaire à l’entrée à gauche, un bar qui court sur la droite tout en longueur jusqu’au fond de la salle où se produisent quatre artistes (…), ce qui crée une ambiance intime et une acoustique très particulière, un peu sourde, confinée. » Je me revois entrant dans le pub londonien The Good Mixer, dans le quartier de Camden, sur les traces d’Amy Winehouse, la sulfureuse Amy, elle aussi morte à 27 ans, usée par le star-system. J’écrivais là, sur un coin de table, sa bio.

Le diable joue sa partition

L’enquête se poursuit et Genestar transforme son roman musical en polar noir. Les pistes sont nombreuses et sinueuses. On découvre un pianiste génial, psychopathe, conducteur de métro, qui fréquentait Sarah. On n’en dira pas plus. On apprend que les oiseaux des zoos de Central Park et du Bronx s’entretuent parfois dans leurs volières. Déjà, un certain Holden Caulfield se demandait où allaient les canards de Central Park l’hiver. On s’interroge sur l’identité réelle de la victime. Elle ressemblait comme deux gouttes d’eau à sa jeune sœur. Toutes les deux possédaient un manteau de loutre. Et puis, rebondissement : un autre suicide, le 25 février 2004, a eu lieu à la station « West Farms Square ». La victime s’appelait Louise Fordham. Elle avait 27 ans, était chanteuse de jazz, fréquentait un pianiste d’une quarantaine d’années. Et ce n’est pas fini.

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À la fin, il reste une ville gigantesque sous la neige, quelques notes de jazz, le diable qui joue sa partition entre deux buildings, et la silhouette d’une femme qui ferme son col pour éviter que les flocons n’altèrent sa voix extraordinaire ; elle va vers la mort, la sienne.

Alain Genestar, La femme au manteau de loutre, Grasset, 288 pages.

La femme au manteau de loutre

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Pascal Louvrier est écrivain. Derniers ouvrages parus: biographie « Malraux maintenant », Le Passeur éditeur; roman « Portuaire », Kubik Editions.

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