Ohé ! Artisans, restaurateurs et producteurs, c’est l’alarme ! La nourriture est fasciste. Des groupuscules radicaux et des universitaires subventionnés s’engagent donc dans la guerre contre le « terroirisme » et la « porcisation » de la gastronomie française. L’ultra-progressisme est au menu.
Avril 2026, un nouveau péril vient de surgir et menace désormais notre « vivre-ensemble » : le cochon grillé du Canon Français. Banqueter entre amis, partager un plateau de charcuterie avec un verre de vin, le tout en chantant de la variété française – vous devez comprendre que cela n’a rien d’anodin. Nos assiettes sont devenues fascistes. Nous devons l’accepter.
Heureusement, la résistance n’a pas tardé à s’organiser : pétitions, boycott, demandes d’interdiction. Aussi courageusement qu’anonymement, certains sont allés jusqu’à harceler les salariés et prestataires de l’événement. Quant aux plus déterminés, ils ont tenté de mettre le feu à un banquet en Bretagne. La faim – pardon, la fin – justifie les moyens.
A lire aussi: La Jeune Garde est-elle la milice de la France insoumise?
Cependant, face à un tel danger, les initiatives individuelles ne suffisent pas. C’est pourquoi, dès le 9 mai, le média culinaire Graille – qui avait déjà lancé des campagnes de boycott vis-à-vis des produits et plats israéliens – a annoncé la création de deux structures de combat : l’Union des professionnel(le)s de l’alimentation française antifascistes (Upafa), qui rassemble les chefs, producteurs et artisans résolus à livrer bataille face à la réaction des fourneaux, et le Groupe de recherche en arts alimentaires antifascistes (Graaa !), qui réunit des artistes et des chercheurs pour « former un rempart gastronomique progressiste, de gauche et écologiste en réaction à l’accaparement de la gastronomie par l’idéologie réactionnaire ».
Des fourneaux au front idéologique
Le Front antifasciste ainsi constitué peut désormais débarquer dans nos cuisines. Sa stratégie est redoutable. Maîtrisant les rouages de l’intersectionnalité, il ne vous laissera aucune issue. Si vous célébrez les classiques de la cuisine française, vous serez accusés de propager le « gastronationalisme ». Ce terme s’inspire du banal nationalism forgé par l’universitaire Michael Billig. Il désigne l’amour de la cuisine nationale comme une forme discrète de nationalisme. Mais si, au contraire, vous vous ouvrez aux cuisines du monde, c’est le procès en appropriation culturelle qui vous attend. Le chef britannique Jamie Oliver en a fait l’amère expérience en 2018, quand il a été accusé d’avoir spolié les Jamaïcains pour avoir proposé sa recette du « Punchy Jerk Rice ».
Pour ne risquer ni le procès en gastronationalisme, ni celui en appropriation culturelle, une seule issue approuvée par le camp des vertueux : apprendre à cuisiner antifasciste.
A lire aussi: Libido ergo sum
Pour cela, vous devez suivre l’exemple et les performances de Floriane Facchini. Cette « artiste culinaire » mène le combat avec ses pâtes antifascistes. Son spectacle-repas, La Pastasciutta antifascista de Casa Cervi, tourne en France grâce au soutien du ministère de la Culture, des DRAC… Une assiette de pâtes assaisonnée d’argent public comme acte de résistance. Un classique. Mais Facchini ne se contente pas de cuisiner sur scène – elle se proclame chercheuse. Son projet A Tavola !, en partenariat avec l’Inrae et avec le concours de l’université de Bourgogne, engage des chercheurs en sciences humaines aux côtés d’artistes pour théoriser la « fonction politique du repas ». On retrouve Fatima Ouassak parmi les « personnes ressources » nommément invitées à nourrir les dimensions théoriques de ces projets. Une façon, sans doute, d’épicer ces études d’une bonne louchée de radicalité et d’indigénisme. En effet, cette politologue proche des Indigènes de la République milite aujourd’hui pour fonder une écologie non blanche. Plus grave, elle écrivait, quelques heures seulement après le pogrom du 7 octobre 2023 : « Dans la guerre qui oppose colons et colonisés, il faut soutenir (sans trembler) le camp des colonisés. » Voilà de quoi rendre cette platée de pâtes antifa difficile à digérer.
Quand l’université déconstruit nos assiettes
Tout cela pourrait apparaître comme une simple pantalonnade. Pourtant cette critique de notre gastronomie dispose de profondes racines « intellectuelles ». Depuis vingt ans, de nouveaux concepts sont apparus pour déconstruire nos assiettes. En 2021, la chercheuse Mathilde Cohen animait un séminaire à Sciences-Po dans lequel elle dénonçait la « blanchité de la gastronomie française ». Depuis, d’autres se sont employés à présenter les appellations d’origine contrôlées comme un moyen de figer notre identité locale. Poussant la « logique » encore plus loin, la chercheuse Mathilde Debbiche pose un regard décolonial sur notre cuisine. Un brin complotiste, elle dénonce la « porcisation » de notre alimentation. Pour elle, « l’interdit alimentaire de la consommation de porc dans la religion musulmane devient un semi-impératif de la gastronomie française permettant de réaffirmer le caractère blanc de cette alimentation ». Sic !
Pendant ce temps, certains craignent la montée du « terroirisme ». Au départ, ce concept était connoté positivement. Il fut même célébré par le Fooding comme une façon de s’appuyer sur des produits locaux pour décarboner nos repas. Mais, sous l’influence notamment du politologue Stéphane François (spécialiste de l’extrême droite), la promotion du terroir ou des traditions culinaires relève désormais d’une forme d’ethnolocalisme. Un premier pas vers l’« écofascisme ». Re-sic.
A lire aussi: J’adore le poulpe, et vous ?
On pourrait poursuivre cet inventaire des concepts indigestes avec le « carnisme » ou encore le « faiminisme » de Nora Bouazzouni qui reprend le combat néoféministe contre la viande, lancé en 1990 par Carol J. Adams. Cette dernière proclamait que pour se libérer de la prédation des hommes, « le féminisme c’est la théorie, le véganisme la pratique ». Re-re-Sic.
Alors, si célébrer le cassoulet est gastronationaliste, si proposer un burrito devient de l’appropriation culturelle, si manger du cochon fait de vous un porcisateur, si commander un steak est un acte antifaiministe et si réclamer un camembert au lait cru vous classe parmi les dangereux terroiristes, il ne nous restera bientôt plus qu’à poser notre fourchette et attendre que le Graaa ! nous délivre son menu autorisé et labellisé. Voilà comment Big Brother entend prendre le contrôle de nos cuisines.




