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L’enfer vert est pavé de bonnes intentions

"La République de Gaïa", le nouveau roman d’Alexis Legayet


L’enfer vert est pavé de bonnes intentions
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Il faut du courage, en 2026, pour écrire une hilarante dystopie qui retourne les codes du genre ; ici, Legayet ne se contente pas de railler les totalitarismes classiques du XXe siècle, il s’en prend à l’actuelle folie progressiste.

Alice, jeune enseignante nourrie de théorie critique, décroche son poste de professeure des écoles après un concours où elle impressionne le jury par ses lectures militantes. Dans sa classe, le jeune Jérémy voit son père, Paul, perdre sa garde sur la base d’un dossier fabriqué par l’Aide Sociale à l’Enfance. Brisé, Paul sombre dans l’alcool tandis qu’Alice poursuit son ascension.

L’enfant sera envoyé dans une curieuse institution, le Centre Gaïa, dirigée par une certaine Isabelle Stangars. Parallèlement, le pays bascule sous une « dictature climatique » ; des révoltes éclatent sur les ronds-points, et Paul va se retrouver malgré lui propulsé en meneur de la contestation.

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La République de Gaïa ne se contente pas de moquer ; elle déconstruit la façon dont une bonne intention (protéger l’enfance, sauver le climat, déconstruire les dominations) peut, poussée jusqu’à sa cohérence ultime, se retourner en appareil de contrôle. La scène de l’enquêtrice de l’Aide Sociale à l’Enfance qui construit un dossier à charge contre un père innocent à partir du contenu de ses poubelles est un modèle du genre : on y voit, dans le détail précis et presque documentaire du dispositif administratif, comment le zèle protecteur devient l’instrument arbitraire du pouvoir.

Le roman évite pourtant le manichéisme : les figures du système, notamment Isabelle Stangars, sont dotées d’une vraie cohérence intellectuelle, capables de retourner contre leurs contradicteurs les armes mêmes de leur propre logique. C’est cette rigueur interne qui rend la satire efficace : le lecteur est mis au défi de trouver la faille dans des raisonnements qui, poussés jusqu’au bout, produisent des conclusions vertigineuses.

En convoquant Robespierre et la Terreur en épigraphe de sa troisième partie, Legayet assume une filiation historique claire et invite à une réflexion plus large sur la manière dont toute vertu militante finit par exiger des sacrifices. Mais il le fait sans didactisme, avec une construction narrative solide, des personnages ambigus, et surtout un humour constant, qui empêche cette satire de verser dans le pamphlet.

La République de Gaïa, d’Alexis Legayet (éd. La Mouette de Minerve, 294 p.)




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est professeur de Lettres modernes

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