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Pêle-mêle et vide-poche estival


Pêle-mêle et vide-poche estival
Josette Clotis © L'Archipel

D’ici un mois à peine, la rentrée littéraire et théâtrale. Donc un mois pour rattraper certaines lectures. Nous signalons – brièvement – l’existence de quelques livres de ces derniers mois qui méritent, plutôt que l’oubli, qu’on s’y arrête.


D’abord un livre surprenant, et bienvenu. En novembre, on parlera beaucoup, sans doute, du cinquantenaire de la mort de Malraux. Janine Mossuz-Lavau et Jean-René Bourrel se sont intéressés à Josette Clotis, qui fut la compagne de celui-ci pendant 10 ans – avant de mourir, tragiquement, le 12 novembre 1944, « les jambes broyées par un train dans une gare de Corrèze ».

Elle avait 34 ans, eu deux garçons avec Malraux (rencontré chez Gallimard) et publié deux romans – le premier, préfacé par Henri Pourrat ; le second, par Henry de Montherlant. A 34 ans !

Elle était très belle, a longtemps eu « mauvaise réputation » (jalouse, arriviste, aurait retardé l’entrée de Malraux dans la Résistance).

Les deux auteurs de cette belle « reconstitution » ? L’une est directrice de recherche au CNRS, a consacré sa thèse, et plusieurs livres, à Malraux ; l’autre est agrégé de lettres modernes et auteur du Paris de Malraux (Alexandrines, 2017).

Leur livre – très substantiel (pas du tout le genre d’une biographie de « célébrité », légère, anecdotique et vide), bien écrit et mené allègrement – rectifie l’image de cette femme qui avait, semble-t-il, un talent réel – comme eux.

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« Talent réel » ? Il se déduit des 75 pages d’inédits et de textes retrouvés qui succèdent à son évocation biographique : certaines pages – les meilleures – nous ont évoqué, mutatis mutandis, Louise de Vilmorin et Colette.

On a ouvert ce livre par curiosité, en dépit d’une couverture un peu ratée qui ne dit pas assez le sérieux de l’entreprise – ni sa nécessité. C’est pour corriger cette « première impression » que l’on signale cette heureuse surprise. Pour tout amateur (ou curieux) de littérature, de Malraux et de cette époque, de destin romanesque (et tragique). Ou de bon livre, tout simplement (ce qui ne nous étonne guère – puisque son éditeur est le très sérieux et érudit, Olivier Philipponnat, biographe d’Emmanuel Berl, entre autres).

Curiosité : on y apprend que c’est Josette, pas du tout indifférente au charme de Drieu, qui eut l’idée de demander à celui-ci d’être le parrain de Vincent, leur deuxième fils (1943-1961), et que le premier, Gauthier (1940-1961), s’appelait à l’origine Pierre, en hommage, déjà, à Drieu. On se souvient du mot de Malraux à propos de Drieu – « Un des êtres les plus nobles que j’aie rencontrés. » Josette l’aurait sans doute – au moins… – contresigné.


Ensuite, du côté des pépites de L’Harmattan – maison à laquelle nous sommes toujours très attentif, tant son fond est riche et ses publications variées (parfois inégales, certes – mais c’est la rançon de la pléthore de celles-ci, et le rôle du lecteur, de discriminer).

Donc, chez L’Harmattan, Vie et œuvre de Thomas Mann de 1875 à 1924, de François Sarindar-Fontaine, un inconnu érudit (autodidacte ?), qui sait tout de Thomas Mann, y compris ce qui, de prime abord, semble négligeable (mais pas au second – abord).

Thomas Mann est mort en 1955, à 80 ans, auréolé du prestige du Nobel de littérature (1929) et nanti de son statut de « grand écrivain résistant en exil » à partir de 1933 (il mourut en Suisse).

Sarindar-Fontaine s’intéresse à la longue première partie de sa vie et de son œuvre : presque 50 ans. Mann publie alors Les Buddenbrook (1901 – précocité stupéfiante !), Tonio Kröger (1903) et La Montagne magique (écrit entre 1912 et 1923, publié en 1924). Le Nobel de 1929 le couronne en particulier, et expressément, pour Les Buddenbrook.

L’intérêt du livre : attirer l’attention sur toute cette grande première partie de la vie du romancier. Celle où Mann – jusques et y compris l’armistice de novembre 1918 – accompagne les idéaux conservateurs et nationalistes allemands (mais subtilement – vous lirez), au contraire de son frère, Heinrich, universaliste et pacifiste comme Romain Rolland.

L’assassinat du ministre des Affaires étrangères Rathenau, en 1922, résonne pour Thomas comme un signal d’avertissement : il se convertit nolens volens à une démocratie parlementaire imparfaite mais qu’il sait en danger.

Le livre alterne chapitres sur la vie et chapitres sur l’œuvre : regard fécond qui permet de mesurer la part de la vie dans l’œuvre, et réciproquement. Livre très bien « fabriqué », précis, élaboré, qui se lit avec plaisir, et « donne envie ».

Par exemple ? De relire, entre autres, Tonio Kröger – matrice, en grande partie, de l’œuvre. Le chapitre qui lui est consacré est passionnant.

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Une citation de Mann, presque au hasard, pour finir : « Les plus hautes œuvres ne sont pas toujours le produit des plus hautes intentions. (…) L’ambition ne saurait être à l’origine de l’œuvre, elle ne saurait la précéder. Elle doit grandir avec l’œuvre et être partie intégrante de l’œuvre plutôt que du moi de l’artiste. Il n’est rien de plus faux que l’ambition abstraite précédant son objet, l’ambition en soi et indépendante de l’œuvre, cette pâle ambition du moi. »

Ou ceci, de Kröger, justement : « Seules les froides extases de notre système nerveux d’artiste ont un caractère esthétique. Il est nécessaire d’être dans une certaine mesure en dehors de l’humanité (…), pour être en état, pour être seulement tenté de représenter (ce qui est humain), de jouer avec, de le reproduire avec goût et succès. » Flaubert prônait la même chose, en plus court : « Il faut rompre avec l’extérieur. » La littérature : restituer le flux de la vie… en s’en retirant. Exemples : Kafka, saint Augustin, Kierkegaard, Proust… ou Flaubert, donc.

NB A propos de ces érudits maniaques (autodidactes ?) qui savent tout de leur « écrivain d’élection » – et dans le même genre obsessionnel que l’auteur du « Thomas Mann » évoqué – je signale aux amateurs de Chardonne, les deux volumes de Jean-Paul Dous (L’Harmattan encore et toujours) : l’un est une biographie qui ne démérite pas et qui cite beaucoup Chardonne – donc c’est un régal.

L’autre est une lecture de Chardonne, en héritier de Montaigne – là encore, innombrables citations qui agrémentent avantageusement la lecture.

Relire Chardonne, régulièrement, est un délice. Ces deux études nous le font éprouver (le délice). Et plus encore : l’énigme de cet homme qui fut disciple strict de Flaubert (dans le style) – et aîné très respecté, voire admiré, des Hussards, héritiers de Stendhal (Laurent, Nimier, Déon, Blondin). Quand stendhaliens et flaubertien(s) se rencontrent… Champagne.


Le coin des amis-que-je-ne-connais-pas – Je ne connais pas Julien Wagner, attaché de presse « Théâtre-Spectacle vivant » depuis quelques années déjà mais, puisqu’à côté de mes livres, j’interviens régulièrement dans la presse, il m’envoie régulièrement ses programmes, suggestions, idées d’entretiens, etc.

C’est sans doute LE PLUS intelligent, fiable, disponible, réactif et « pro-actif » des attachés de presse que je « connais ». Le plus ingénieux, aussi, avec toujours une idée originale pour parler d’une pièce dont il s’occupe, des relances régulières sans jamais être pesantes, etc.

Et comme j’aime beaucoup les gens… très fiables – qui ne dissocient pas le dire et le faire (et qui le font bien) -, j’aime aussi la gratitude.

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Donc je voulais dire ma gratitude à Julien W. – et la manifester en relayant son podcast « Dramaturgie ! », consacré à l’écriture théâtrale.

Comme de juste, pour lancer son podcast, Julien a commencé avec des têtes d’affiche (il faut bien attirer le chaland) – des personnalités très variées telles que Jean-Philippe Daguerre, Alexis Michalik, Amanda Sthers, Léonore Confino, Ethan Oliel, Sébastien Castro, Benoît Solès, Karim Duval, Gérard Gelas, François Mallet. Et bientôt – en ligne – Johanna Boyé, Rudy Milstein, Camille Chamoux, Mathilda May, Viktor Vincent, Patrick Chesnais, Stéphanie Tesson, etc.

On peut l’écouter via ce lien: https://www.podcastics.com/podcast/dramaturgie/ et il est disponible sur toutes les plateformes. D’après mes sources, il commence à être bien relayé : la preuve.

NB Si je parle ici de Julien Wagner (je répète : je ne l’ai jamais vu, je ne sais même pas à quoi, voire à qui – mieux -, il ressemble), c’est parce que, comme pour tout – livres, théâtres, ami(e)s – il faut encourager les meilleurs. Sinon, c’est à désespérer.

Le temps est précieux, les battements du cœur sont comptés : merci à ces (rares) gens donc, à leur « métier » – qui en tiennent compte et nous évitent d’en perdre (du temps). Voire, comme Julien, de nous en faire gagner – en nous signalant les pièces qu’il ne faut/faudrait surtout pas louper.

A bientôt, donc, au théâtre – avec Julien Wagner. Que je rencontrerai sans doute un jour. Mais quand ? A suivre ! (Suspens).


Josette Clotis, aimée et mal-aimée, de Janine Mossuz-Lavau et Jean-René Bourrel, L’Archipel, 270 pages.

Vie et œuvre de Thomas Mann de 1875 à 1924, de François Sarindar-Fontaine, L’Harmattan, 360 pages.

Jacques Chardonne – Le Montaigne du XXème siècle / Jacques Chardonne – 1884-1968 – Un gentilhomme en littérature – les 2 livres sont de Jean-Paul Dous, chez L’Harmattan.



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Né à Paris en mai 1968. A collaboré ou collabore à La NRF, Esprit, Commentaire, La Quinzaine littéraire, Le Figaro littéraire, Service littéraire, etc.. A publié récemment "Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés" (Editions de Paris, 2018) et "Bien sûr que si !" (Editions de Paris, 2020)". Dernier livre paru : « Mes chéries - 95 femmes écrivains » (Editions de Paris-Max Chaleil, 2025).

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