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Warhol-Versace, l’été sera «show»!


Warhol-Versace, l’été sera «show»!
© Musée Maillol / Emma Birski

De Landerneau dans le Finistère à la rue de Grenelle à Paris, les expositions Warhol et Gianni Versace Retrospective se répondent. Elles se font écho et assurent le spectacle durant tout l’été…


Cet été sera plus chaud dans les expositions que dans les maillots. Vous traînez un mal de vivre depuis plusieurs semaines, la canicule vous pèse, le bruit des ventilateurs vous assomme, la présidentielle 2027 vous donne déjà la nausée et vous doutez de la pérennité de la République française. À quoi bon toute cette mascarade, la démocratie et le libéralisme, la société de consommation et le litre de Super au prix du kilo de bœuf ? Tout vous semble dérisoire et inutile, le vote, le flirt, le barbecue et même la maison individuelle. Tout se désintègre, tout ce qui vous constituait jadis, disparaît ; vous accumulez les déceptions, défaite des Bleus en demi-finales, abandon de Jonas Vingegaard sur le Tour et retraite forcée de Nelson Monfort au service des sports.

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Remède

Vous traversez l’une de ces crises existentielles qui saisit les Hommes à l’approche de la cinquantaine. Vous ne croyez plus en rien. Pour la première fois de votre vie, vous avez regardé le défilé du 14-Juillet d’un œil distrait, lointain, et vous avez même refusé de visionner pour la centième fois « L’Hôtel de la plage » de Michel Lang avec Sophie Barjac. Vous allez mal. Vous souffrez. Et l’État n’a pas encore inventé un numéro vert pour vous soigner à moindre frais. De toute façon, vous habitez dans un désert médical. La consultation est aujourd’hui télépathique. Un seul remède à cette atonie estivale : visiter deux expositions qui ont débuté quasiment en même temps, début juin, et qui se répondent par leur drapé flamboyant et leur esthétique « pop », assumant totalement leur part d’exhibitionnisme et de consumérisme. Deux artistes qui ne font pas de la rétention de célébrité. Chez Warhol et chez Gianni Versace, l’égo n’est pas factice, il ne se cache pas, il ne transige pas, il éclate, voyant et outrancier, bravache et décomplexé, ça nous change des dissimulateurs et des démagogues. Ces deux-là n’avancent pas masqués ! Ils veulent exister, briller, provoquer et charmer. Jusqu’au 24 janvier 2027, le Fonds pour la Culture Hélène & Édouard Leclerc à Landerneau (29) retrace le parcours d’Andy Warhol (1928-1987) né Andrew Warhola à Pittsburgh en Pennsylvanie de parents émigrés de l’actuelle Slovaquie. L’enfant terrible newyorkais, le fabricant d’objets détournés et d’images transfigurées, publicitaire tourné sur lui-même et formidable « public relation » de sa propre œuvre, ayant compris avant les autres tous les codes de la surmédiatisation, adepte de l’auto-caricature, n’en finit plus de brouiller les pistes par tant de détours. À Landerneau, on essaye de remettre un peu d’ordre dans cette profusion créatrice en s’intéressant à ses travaux de jeunesse, aux piliers du mythe américain, à la publicité vue comme un art à part entière et à la mise en scène permanente de sa personnalité. Warhol a inventé notre décor, bazar stylisé, illustrations répétées à l’écœurement, starisation du quotidien, tous les murs porteurs de notre vacuité marchande sur lequel repose encore notre idéal nihiliste.

 © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Adagp, Paris 2026

Il a signé le nuancier de la deuxième moitié du XXème siècle. Alors, dans le Finistère, on retrouve notre bestiaire culturel, Marylin polychromée, la soupe Campbell’s multipliée comme des pains et toute la sarabande des années 1970 et 1980, YSL, Basquiat, Truman Capote et le Studio 54.

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Dieu de l’épingle

À six cents kilomètres de là, dans le 7ème arrondissement de Paris, le Musée Maillol accueille l’exposition « Gianni Versace Retrospective ». Andy et Gianni sont sur la même longueur d’onde. Ils s’amusent à bouger les lignes droites, à pousser le système dans une zone grise où l’éclat et le fracas s’accordent. Leur communication tapageuse, grandiloquente et clinquante est un véritable bol d’air. Grâce aux 450 pièces (tenues, croquis, vaisselle, vidéos, etc.) mises en mouvement dans une belle scénographie, on mesure le caractère effréné et virtuose de Gianni Versace (1946-1997). Ça éclabousse, dirait Jean-Pierre Marielle ! Abondance de soie, d’imprimés, de Barocco, d’Art nouveau à la sauce Miami, de rappel de la Méduse et de figures de l’Antiquité, de haute technicité également, le couturier fils d’une couturière de Reggio de Calabre a illuminé la mode par ses créations aguicheuses et charnelles. Gianni aimait habiller les femmes. Elles lui rendent bien.

Les supermodels de la décennie 1980 seront ses amies pour la vie. Elles sont toutes-là, Naomi, Claudia, Cindy, Linda, Carla jusqu’à la brindille Kate. Gianni était un dieu de l’épingle à nourrices. Il suffit de revoir la robe noire fourreau portée par Elizabeth Hurley en 1994 à la première du film « Quatre mariages pour un enterrement » pour que la légende de Gianni dure encore des siècles et des siècles.


Fond culturel Leclerc, Aux Capucins, 29800 Landerneau, jusqu’au 24 janvier 2027. 10€

Musée Maillol, 59-61 rue de Grenelle, 75007 Paris. Pendant tout l’été 2026. 23,90€



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Journaliste et écrivain. Dernières publications : "Tendre est la province", (Équateurs), "Les Bouquinistes" (Héliopoles), et "Monsieur Nostalgie" (Héliopoles).

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