Disparition de deux visionnaires du vélo qui ont ouvert la voie à d’autres pratiques, le freestyler Adolphe Joly et l’homme qui a fait connaître en France le gravel, le Bourguignon Stéphane Goyard…
Le vélo vient d’être frappé durement par la disparition de deux personnalités attachantes, inspirantes (le mot n’est pas galvaudé) et ouvertes aux nouvelles disciplines. Ils ont été précurseurs et visionnaires quand tout le monde disait « ça ne marchera jamais ». Ils ont été les éducateurs de toute une génération qui voulait pédaler autrement, qui découvrait « l’outdoor » et le Freestyle, Bercy et le bike packing. Ils étaient notre jeunesse, l’âge d’or du bicross et notre avenir, la vague du gravel est aussi forte que celle du VTT, elle inonde désormais le marché du cycle. Cette semaine, nous avons appris le décès d’Adolphe Joly suite à la maladie de Charcot par la page Facebook « OldschoolBMXFrance ». D’un seul coup, nous avons été émus et choqués. Submergés. Les souvenirs sont remontés à la surface. Tout un monde coloré, ensoleillé et joyeux s’est mis, à nouveau, à s’animer, à s’agiter.
C’était drôle, excitant et motivant. Une forme de fraternité, de connivence et d’élan s’emparait alors d’une jeunesse qui vivait ses premiers instants de crise. Le chômage faisait son entrée dans les foyers mais heureusement les gosses, filles et garçons, avaient le bicross en échappatoire, en espace de liberté, en activité rien qu’à eux. Le bicross nous a formés. Les années 1980 déployaient leur imagerie et leur féérie. Nous étions sous le charme. Nous regardions les films E.T et BMW Bandits avec Nicole Kidman, mais également le documentaire produit par McQueen et cette scène d’ouverture, d’anthologie, où des gamins californiens déboulent sur le sable avec leurs vélos trafiqués et imitent le bruit des motos avec leur bouche.
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Le bicross débarquait en France jusque dans nos campagnes. Nous étions aux premières loges. Les instances fédérales voyaient d’un très mauvais œil cette jeunesse se détourner du vélo de route, discipliné, cadré et ennuyeux. Le bicross fut un mouvement de jeunes créé par des jeunes. Il n’était pas une invention d’adultes. Une manipulation marketing. Nous avons été saisis par cette passion. Elle ne nous a plus quittés. Les premières figures s’affichaient en couverture de Bicross Magazine, la bible qu’on s’empressait d’acheter chez le marchand de journaux. Feuilleter ce mensuel, quarante ans plus tard, me rend nostalgique et heureux. Aucune mélancolie, seulement le bonheur d’avoir eu douze ans au bon moment.
Parmi les stars du bicross naissant, Adolphe Joly était là, classieux dans sa tenue blanche avec les frères Delgado, champions et promoteurs de ce vélo aux « petites roues » au grand pouvoir d’attraction. Ces trois-là formaient le gang des « Mad Dogs ». Ils portaient les couleurs de la marque « MBK ». Ils enchaînaient les figures et les prouesses stylistiques. Nous découvrions le freestyle, son terrain d’expression et sa beauté visuelle. Je garderai longtemps avec moi cette photo d’Adolphe prise à Bercy avec son MBK Pro Freestyler aux jantes à bâtons violets. Il suscitait tant d’admiration. Sa modestie et son aura brilleront longtemps. Une autre personnalité a perdu la vie, fin mai, lors d’un tragique accident près d’Angers, Stéphane Goyard a été percuté par une voiture. Le grand public ne connaît peut-être pas son nom mais la communauté « gravel » a été bouleversée d’apprendre son décès. Il était suivi par des dizaines de milliers d’abonnés sur sa chaîne YouTube « Gravel & Bike[1] ». Il était la référence française. Le Bourguignon pédagogue, la parole toujours posée, enthousiaste sans cacher les galères des longues sorties, nous expliquait les rudiments du gravel patiemment et pragmatiquement. Il était un guide intelligent et bienveillant. Jamais sectaire. Ses vidéos étaient largement partagées et commentées. Grâce à lui, j’ai réussi à me faire une idée précise sur les pédales plates et automatiques, le monoplateau ou la composition d’un cadre. Devais-je me lancer dans le carbone ? Investir dans le titane ? Revenir à l’acier ? Ou donner sa chance à l’aluminium ?
Stéphane Goyard et Adolphe Joly étaient deux visages, à quelques décennies d’intervalle, d’une même passion, celle du vélo au sens large. Stéphane avait trouvé la formule magique pour résumer cette envie de pédaler et de voir plus loin : « Poursuivre quand la route s’arrête… ». Nous ne les oublierons pas.
[1] https://www.youtube.com/c/GravelBike
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