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Pourquoi Marine Le Pen est à part…

Le billet politique de Philippe Bilger


Pourquoi Marine Le Pen est à part…
Marine Le Pen, candidate RN à l'élection présidentielle, a assisté au défilé militaire de Nice aux côtés d'Eric Ciotti, maire de la ville, le 14 juillet 2026 © Syspeo/SIPA

Poursuivie par le parti Renaissance pour avoir osé s’emparer du mot « renaissance » dans sa dernière campagne d’affichage, Marine Le Pen continue de susciter une hostilité politique hors norme. Philippe Bilger revient sur ce qui fait sa singularité dans notre vie politique.


Il y a des personnalités qui résistent à tout, et même, sur le plan politique, au fait qu’on n’a jamais voté pour elles et qu’on ne le fera jamais. Parce que leur existence, leur destin, leur être sont plus forts que ce qu’on pense et que, malgré l’antagonisme des idées, demeure une estime humaine pour elles.

Marine Le Pen est de celles-là, et ce n’est pas parce que, pour 2027, elle ne m’agréera pas que je me sens illégitime pour écrire ce billet. Ce dernier m’est venu précisément quand, comparant avec d’autres, j’ai pris conscience qu’avec elle, il était possible de dissocier idéologie et humanité.

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Ce ne serait pas le cas avec Jean-Luc Mélenchon dont l’ensemble du parcours et la plénitude du caractère, sur le plan public comme sur des registres plus personnels, ont démontré, en même temps que le talent, une forme de méchanceté, de violence, de mépris et de totale surestimation de soi. Comment oublier, pour la politique, la révérence et la soumission du Mélenchon officiel face à un François Mitterrand qui lui avait dit, comme à tant d’autres, qu’il était le meilleur, avant de devenir le gourou idolâtré d’un mouvement dont l’appétence pour une subversion révolutionnaire est équivalente au classicisme très orthodoxe de la première mouture de son créateur ? Y a-t-il eu, de la part des médias, un portrait, un opprobre à la mesure de cette trajectoire plus qu’équivoque dont le rêve d’aboutissement serait de devenir notre président ?

On comprend mieux pourquoi Marine Le Pen est à part, à considérer sa résilience face aux multiples attaques qui, sur tous les registres, l’ont continuellement accablée, sa lucidité devant les échecs dont elle a été responsable, sa constance au regard de ses déconvenues présidentielles.

Aimant son père, elle a dû le renier un temps parce qu’il était trop sulfureux et provocateur dans ses éructations historiques, avant de se réconcilier avec lui à la fin de son existence. Même de ce déchirement qu’elle a initié avec émotion et courage, on ne lui a pas su gré.

Le procès politique permanent

La plupart des médias, depuis toujours, pour démontrer une indépendance facile à afficher, n’ont pas été, avec elle et ses soutiens, d’une exemplaire honnêteté ni d’une démarche équilibrée, puisqu’elle était le Mal et que ses adversaires, même les pires, méritaient d’être sanctifiés rien que pour cela.

Faute de savoir s’opposer efficacement au RN sur le plan politique – lequel, avec Marine Le Pen et Jordan Bardella, a poursuivi son ascension, si bien que le président de la République, qui aspirait à quitter le pouvoir après nous en avoir débarrassés, risque de nous le laisser en position possible, voire probable, de victoire – tous ses opposants ont abusé du registre éthique, qui n’a eu rigoureusement aucun effet.

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Parce qu’ils ont oublié que l’état de la France, le réel, l’échec grave des gouvernements classiques et « honorables » et le désespoir d’un peuple lassé d’attendre qu’on vienne à son aide étaient, à tort ou à raison, la meilleure argumentation en faveur du RN.

Le « deux poids, deux mesures » – je ne songe pas ici à sa dernière affaire en appel, où elle était accablée systématiquement – n’était pas le moindre de ses handicaps. Il lui fallait pourtant faire bonne figure. Aurait-elle témoigné, si peu que ce soit, d’un irrespect à l’égard de la justice comparable à celui de Nicolas Sarkozy qu’elle aurait été stigmatisée à vie !

Elle fait partie de notre paysage politique et, en qualifiant, contre toutes les évidences historiques et idéologiques, le RN de fasciste, de nazi, au mieux d’extrême droite, on croit porter atteinte à son avancée considérable dans les enquêtes d’opinion, qui ne garantit pas son élection en 2027, sauf si elle est seulement contestée par un Mélenchon ou un politicien rompu, se croyant habile, choisi faute de mieux mais sans réel courage politique.

L’ultime chance de 2027

Pour la dernière fois, elle va se présenter à l’élection présidentielle et elle est aussi à part parce que, sur l’établi politique, elle n’a cessé d’apprendre ni de se perfectionner. Il suffit de voir comment, entre les mandats, elle a accru ses chances en progressant sur les plans technique et intellectuel, au point qu’on peut se demander si, performante dans les intervalles, elle ne finira pas par l’être le jour J, en 2027 !

Elle est à part parce que, croyant l’abattre, on lui a redonné de la vigueur. À la suite de sa dernière condamnation, on met en cause son intégrité, et on a raison, mais quel politicien patenté est suffisamment digne et irréprochable pour lui jeter, dégoûté, la première pierre ?

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Dans la campagne à venir, la haine prospérera car, avec Marine Le Pen, tout est permis. Elle y mettra certainement du sien. Qu’on n’oublie pas que sa destinée a une longue habitude de ces tempêtes et de ces affrontements et que c’est son ultime chance. Être contre Marine Le Pen ne sera plus un argument suffisant.



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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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