Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…
« Tu es le faquin de Quend, vieux Yak ! », se plaisait à me répéter, non sans humour la Sauvageonne qui a eu l’amabilité de m’inviter dans un joli camping de Quend-Plage (lectrices et lecteurs vénérés, Quend se prononce « Quin », svp ; merci) où, le Dauphin (son jeune fils) et elle, avaient loué un mobile home. Pourquoi cette taquinerie ? Parce qu’à la plage, je ne peux m’empêcher de me vêtir de ma veste bleu nuit, achetée il y a quelques mois, à un metteur en scène qui quittait les planches et sa compagnie. (Il revendait pour une bouchée de pain costumes, uniformes et accessoires portés par les comédiens.) Je suis donc devenu « le faquin de Quend ». (Elle utilisait ce mot dans le sens « fier et hautain ».) En fait, tout le monde s’en fichait ; les gens me regardaient peu, bien que je fusse le seul à évoluer ainsi sur la plage. Cela ne m’empêchait nullement de profiter de la mer. Mes effets ôtés, avec pour seule pudique couverture, un slip de bain antédiluvien, je fonçais et bravais vagues rageuses et sournois courants, puis nageais vers la perfide Albion afin de saluer nos courageux alliés avec qui, à deux reprises, nous avons bouté les hordes des barbares nazis.
En parlant de ces pourritures de nazis, il en est un qui les a combattus avec vaillance : Pierre Moguez. Né le 25 avril 1913 à Tananarive, il est mort le 7 avril 1982 à Monchaux, hameau de Quend où il s’était retiré après une carrière bien remplie. Après la bataille de France, il refusa l’armistice de juin 1940 et parvint à s’enfuir de Madagascar et à rejoindre le Tanganyika britannique, puis l’Égypte avant de s’engager dans les Forces françaises libres. Il participa aux combats en Afrique du Nord et en Italie, débarqua en Provence et prit part à la Libération de la France. Un brave.

Faut-il préciser que je me suis demandé pourquoi il avait décidé de finir sa vie à Quend ? J’ai tenté d’en savoir plus mais j’avais trop peu de temps. La Sauvageonne, le Dauphin et moi, nous sommes rendus au cimetière local. Nous n’avons trouvé qu’un caveau familial où figure son nom de famille ; a-t-il été inhumé à cet endroit ? Il faudrait que je me renseigne. De retour dans le centre de Quend, je suis passé devant le cinéma Le Pax ; j’ai eu une pensée émue pour mon ami Raymond Défossé qui dirigea et anima le lieu pendant des années. Et aussi une pensée toute aussi émue pour mon ami le peintre Daniel Grardel qui séjourna longtemps dans la commune. Le faquin de Quend vous salue bien, les copains ; vous me manquez.
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