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«Obsession», l’amour qui bouffe les vivants

Un film de Curry Barker, actuellement en salles


«Obsession», l’amour qui bouffe les vivants
© Le Pacte

Par temps de canicule, quoi de mieux qu’un film d’épouvante pour obtenir de bonnes sueurs froides? Notre contributeur explique ici pourquoi Obsession cartonne au box-office.


Le monstre a changé d’adresse. Il ne dort plus sous les lits. Il habite nos téléphones. Il rafraîchit Instagram toutes les trente secondes. Il compte les vues. Les messages laissés sans réponse. Les cœurs distribués aux autres. Curry Barker a flairé cette odeur avant beaucoup de monde. Une odeur de solitude qui fermente. De désir qui tourne. D’amour qui moisit dans son propre jus. Obsession surgit de là. Un film d’horreur, évidemment. Mais surtout le portrait d’une génération qui voudrait posséder ce qu’elle prétend aimer.

Névroses actuelles

Le cinéma d’épouvante a toujours fait ce boulot-là. Il attrape les névroses d’une époque avant les journalistes et les sociologues. Romero avait ses zombies. Cronenberg ses chairs malades. Aujourd’hui, Barker filme une obsession devenue industrie. Les applications promettent l’amour en quelques balayages de pouce. Les réseaux sociaux fabriquent des vies auxquelles chacun compare la sienne. Les compagnons virtuels alimentés par l’intelligence artificielle arrivent sur le marché comme on vendait hier des antidépresseurs. Il ne manque plus qu’un petit miracle pour transformer le fantasme en catastrophe.

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Bear, interprété par Michael Johnston, aime Nikki depuis toujours. Enfin il croit aimer. Un souhait lui offre ce qu’il réclamait au monde. Nikki, sous les traits d’Inde Navarrette, lui appartient désormais tout entière. Cadeau empoisonné. Le bonheur commence à sentir le renfermé. Chaque sourire réclame un autre sourire. Chaque regard exige sa réponse. Chaque absence devient une blessure ouverte. Très vite, l’amour cesse de respirer. Il serre. Il comprime. Il dévore.

L’horreur naît d’une conviction. L’amour deviendrait une récompense, le désir un droit, l’autre un objet qu’il suffirait de conserver. Barker pousse cette logique jusqu’à son terme, et le spectacle devient insoutenable.

Malaise grandissant

Voilà pourquoi Obsession fonctionne. Les litres de sang comptent moins que cette lente fermentation. Barker laisse gonfler le malaise comme une viande oubliée au soleil. Les pièces rétrécissent. Les silences s’épaississent. Les visages deviennent étrangers. Puis tout éclate. La chair suit. Le gore ne cherche jamais l’applaudissement des amateurs d’hémoglobine. Il apparaît comme la conséquence naturelle d’un sentiment qui a dépassé son seuil de putréfaction.

Inde Navarrette porte une grande part de cette réussite. Elle n’interprète jamais une folle. Elle joue quelqu’un qui aime trop longtemps, trop fort, jusqu’à ce que l’amour change de peau. Son sourire continue de promettre la tendresse pendant que son regard annonce déjà la catastrophe. Michael Johnston, lui, découvre avec effroi que tous les désirs réalisés cachent une facture.

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On a collé au film l’étiquette d’« incel horror ». Elle passe à côté de l’essentiel. Barker parle beaucoup plus large. Il filme une civilisation incapable d’accepter la liberté de l’autre. Une époque qui transforme les êtres en notifications, les sentiments en contrats, les relations en tableaux de bord. L’amour devient une affaire de contrôle. Le moindre silence ressemble à une trahison.

Le succès foudroyant d’Obsession, tourné avec peu de moyens avant de devenir un véritable phénomène, raconte finalement la même histoire que son scénario. Le cinéma d’horreur indépendant retrouve aujourd’hui une fonction que beaucoup de productions ont abandonnée : regarder son époque dans les yeux, lui arracher le masque, puis la laisser seule avec son reflet. Les monstres n’ont jamais inventé nos cauchemars. Ils se contentent de leur donner un visage.

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Grégory Rateau évolue entre la France et Bucarest en Roumanie, où il dirige un média local en français et poursuit son activité d’écriture.

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