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Le chien Curtis toujours dans le couloir de la mort

Mords-moi si tu peux : l'affaire du chien Curtis ou le triomphe de l'absurde


Le chien Curtis toujours dans le couloir de la mort
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Logiquement, après avoir mortellement agressé sa maîtresse enceinte, le pitbull Curtis aurait dû être abattu sur-le-champ par quelque garde champêtre. Pourtant, dans la France d’aujourd’hui, le molosse est un justiciable comme les autres et coule des jours heureux en refuge depuis des années, soutenu par des associations de protection animale aveuglées. Dernier rebondissement: son maître vient de faire appel de sa condamnation, suspendant ainsi aussi l’euthanasie de son chien.


Accusé chien Curtis, levez-vous !

L’histoire occupe la chronique judiciaire depuis des années et déchaîne les passions. Le 16 novembre 2019, Elisa Pilarski, 29 ans, enceinte de six mois, meurt déchiquetée en forêt de Retz, dans l’Aisne. Elle y promenait le chien Curtis, le pitbull de son compagnon Christophe Ellul. Une chasse à courre se déroulait à proximité immédiate. M. Ellul, arrivé sur place après le drame, accuse aussitôt la meute de vènerie. Le 11 juin 2026, le tribunal correctionnel de Soissons le condamne à quatre ans de prison avec sursis pour homicide involontaire et ordonne l’euthanasie du chien Curtis. Six ans après les faits, l’analyse de cette tragédie jusqu’à son épilogue révèle que cette triste affaire n’est pas un simple fait divers. Elle est le révélateur d’une véritable dérive sociétale.

Le tribunal médiatique et l’emballement politique

Dès les premières heures, sans attendre le moindre élément d’enquête, l’hallali se déclenche. Non contre le chien Curtis, mais contre soixante-deux chiens innocents et leurs maîtres. La machine s’emballe avec la complicité réjouie des médias. Le porte-parole d’AVA [1] assure sur BFMTV que les chiens de vènerie sont « ce qu’il y a de plus probable ». LFI, jamais en retard d’une sottise, dénonce par la voix de son député Bastien Lachaud « un scandale ». Brigitte Bardot écrit plus tard au garde des Sceaux :

« Curtis est aujourd’hui le coupable idéal, mais nous savons tous qu’une meute livrée à elle-même […] représente un danger réel ; si les chasseurs étaient moins malhonnêtes, ils le reconnaîtraient eux-mêmes. Cette affaire dramatique a encore bien trop de zones d’ombre sur lesquelles il faut faire la lumière. La peine de mort a été abolie en France, elle ne doit pas être prononcée à l’encontre de Curtis dont la culpabilité est loin d’être établie, même si elle arrange tout le monde. »

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Mais le 3 novembre 2020, le couperet tombe : les analyses génétiques révèlent sans l’ombre d’un doute que sur les soixante-sept chiens testés, seul l’ADN du chien Curtis est retrouvé sur le corps de la victime. Aucune trace des chiens de vènerie.

De surcroît, la morphologie des morsures et la forme des mâchoires renforcent le diagnostic, s’il en était besoin. Lors du procès, M. Ellul reconnaît enfin n’avoir jamais vu les chiens de chasse près du corps, contrairement à ses premières déclarations. La Fondation Bardot supprime discrètement sa page dédiée. Personne ne présente d’excuses aux veneurs, pourtant menacés de mort entre-temps.

L’idéologie contre la science

Mais le pire restait à venir. Quatre mois après les résultats ADN, le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), l’impayable Allain Bougrain-Dubourg, signe dans Charlie Hebdo une chronique où il assure :

« Autant l’avouer, j’avais la certitude que les chiens de meute étaient victimes d’une odieuse maltraitance, j’en ai désormais seulement la conviction. » Lui qui préside depuis 1986 une association centenaire, autrefois réputée pour son sérieux naturaliste, persiste. La preuve scientifique n’aura donc pas suffi à dissoudre la croyance…

Reste le chien Curtis, dont le sort mobilise aujourd’hui plus de 75 000 signataires sur Change.org. Le collectif « Grâce pour Curtis » plaide la grâce judiciaire : « Curtis a déjà payé un prix immense : plus de six années de sa vie passées enfermé. » Et encore : « Accorder la grâce à Curtis ne signifie pas ignorer les faits. Cela signifie simplement reconnaître qu’il est possible de protéger la société tout en préservant une vie. » L’association AVA [2] propose carrément un sanctuaire. Une autre pétition, sur mypetition.org, recueille 24 000 signatures. Les commentaires de nombre de signataires sont des plus édifiants. Ainsi, Fabienne, le 6 mars à 12 h 44, écrit : « Tout ça n’est qu’un montage de la chasse à courre pour sauver leurs miches de bourgeois ! Une ignominie ! » Le chien qui a éventré une femme enceinte de six mois devient, six ans après, une cause nationale. D’Elisa Pilarski et de son bébé à naître, la mémoire a totalement disparu des communiqués des uns et des autres. Comme nous le disions, cette dérive n’a rien d’anecdotique. Elle est révélatrice du rapport contemporain à la mort animale. C’est là, sans aucun doute, une victoire totale de l’antispécisme qui gangrène petit à petit les esprits dans notre société actuelle.

La rupture entre mondes rural et urbain

Il n’y a pas si longtemps, dans nos campagnes, quand Médor commençait à boiter bas, le grand-père décrochait le calibre 12 et partait avec son chien pour une promenade en forêt, une bêche sur l’épaule. Le grand-père revenait seul, le cœur gros, les bottes tachées de boue et le fusil sentant la poudre. Tout le monde avait compris. Il avait fait son devoir. Le vétérinaire, ça coûtait beaucoup plus cher qu’une cartouche. Et le chien avait eu droit à une fin brève…

Le citadin a désormais évacué la mort de son horizon. Il ne l’a pas pour autant supprimée : il l’a déplacée sous des formes qui la désubstantialisent. Il traitera le cancer de son chien par chimiothérapie pour vingt mille euros afin de prolonger son agonie de quelques mois. Le grand-père rural sortait son fusil, geste de miséricorde qu’il considérait comme une responsabilité, aucunement comme un crime. Le citadin, lui, soigne parce qu’il a perdu la compétence mentale et pratique de la mise à mort assumée. Chaque euro dépensé en chimiothérapie canine donne la mesure de son éloignement du réel biologique.

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Et la loi, désormais, le conforte dans son raisonnement : le grand-père s’exposerait presque au tribunal correctionnel ! Pourtant, quand il enterrait son vieux chien, il ne pratiquait pas la cruauté. Ceci s’intégrait naturellement dans une continuité : l’animal avait vécu avec lui, avait protégé ses poules des renards et l’avait accompagné à la chasse. Il l’aimait, mais il savait qu’un autre le remplacerait, tout comme un autre l’avait précédé. Il lui rendait à sa manière ce qu’il lui devait : une fin digne et rapide, et une place dans la terre sur laquelle il avait vécu. Son corps nourrirait le grand chêne sous lequel il aimait se promener… Et chaque fois qu’il passerait sous le grand chêne, il aurait une pensée fugace pour lui.

Mais aujourd’hui, la mort naturelle administrée est un délit passible de prison. Une pratique d’un autre temps. On écrit au Premier ministre et au garde des Sceaux pour gracier un chien. Aujourd’hui, la compassion est devenue une obligation légale, car les lois sont faites par les citadins. C’est ainsi.

Ecolos-gogos

La même logique régit le sort du chien Curtis. Peu importe que l’animal ait démontré une dangerosité avérée. Il a droit à un « accompagnement », à une « évaluation comportementale actualisée », à un « sanctuaire ». Et si d’aventure l’animal était effectivement mauvais, on ne manquerait pas de rejeter la faute sur l’homme et d’accuser le dressage inadéquat de M. Ellul. La mise à mort, fût-elle judiciaire et fondée sur une expertise vétérinaire incontestée, devient impensable. Brigitte Bardot est aux animaux ce que Robert Badinter est à l’homme ! On sent que sa panthéonisation ne saurait tarder…

La meute de vènerie, accusée à tort sur la seule foi d’une coïncidence géographique et d’un compagnon menteur, n’aura, elle, jamais eu droit à une pétition de soutien. L’antispécisme urbain n’aime pas l’animal en général : il aime le chien Curtis en particulier, comme il aimait Cecil le lion [3] ou l’ourse italienne Gaia [4]. Ceci en dit long sur l’éloignement des écologistes par rapport à la nature, la vraie, dont ils ne connaissent rien.

Et évidemment, enfin, breaking news de dernière minute : touché par les démarches des associations écolos de défense des « gentils animaux », M. Ellul a décidé de faire appel. Le chien Curtis pourrait ainsi toujours finir par mourir de sa belle mort…


  • [1] AVA : Abolissons la vènerie aujourd’hui.
  • [2] AVA : Agir pour la vie animale (attention à la confusion possible avec le premier acronyme du texte, mais les deux existent!).
  • [3] Cecil le lion : lion emblématique du parc national de Hwange (Zimbabwe), tué illégalement en juillet 2015 par le dentiste américain Walter Palmer lors d’une chasse au trophée. L’affaire a suscité une indignation mondiale sans précédent, alors que des centaines de lions anonymes sont braconnés chaque année dans un silence médiatique général.
  • [4] Gaia : l’ourse JJ4 qui a tué un joggeur en avril 2023 dans le Trentin, condamnée à l’euthanasie, puis finalement graciée par un tribunal sous la pression des associations.


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