Selon l’économiste enseignant à Stanford Adrien Bilal, Prix du meilleur jeune économiste 2026, le réchauffement climatique va coûter 50 % du PIB mondial d’ici à 2100. Mais ses résultats sont tout à fait contestables, car il ignore les effets de compensation possibles ici et là, loin d’être négligeables.
Fin mars, Adrien Bilal reçoit le prix du meilleur jeune économiste 2026. Quelques semaines plus tôt, en février, il publie avec Diego Känzig, dans The Quarterly Journal of Economics, une étude à la conclusion détonante : chaque tonne de CO₂ émise coûterait 1 000 € à l’économie (chaque année, un français en émet en moyenne 9 tonnes) ; à ce compte le réchauffement pourrait faire chuter le PIB mondial en 2100 de près de 50 % par rapport à ce qu’il aurait été autrement, au point que les auteurs écrivent que ses effets « sont comparables à ceux de la Grande Dépression de 1929, qui durerait éternellement ». Le résultat fait peur. Mais la méthode utilisée est discutable. Elle consiste à estimer, à partir de faibles variations annuelles de température, leur effet sur la croissance, puis à extrapoler sur de longues périodes. On y repère trois étrangetés.
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Première étrangeté : le réchauffement ne produit que des perdants. En cause : un choix méthodologique qui, en ramenant le climat à une moyenne globale, efface les possibles effets de compensation locale. Ainsi, les pertes enregistrées dans certaines régions ne peuvent plus être contrebalancées par les gains observés ailleurs. Seconde étrangeté : les capacités d’adaptation sont minimisées (nouvelles variétés agricoles, climatisation, relocalisation des activités, etc.). Certes, les auteurs tiennent compte d’une possible innovation, mais seulement telle qu’elle s’est manifestée dans le passé. Ils supposent ainsi qu’elle restera du même ordre face à une évolution pourtant inédite. Troisième étrangeté : présentée comme une remise en cause des énergies fossiles, l’étude repose sur un scénario où les émissions de CO₂ se poursuivent, sans empêcher l’économie de croître et où donc le réchauffement ne fait qu’en freiner le rythme ; ce qui contredit l’analogie avec la Grande Dépression.
Au total, la sophistication du modèle masque mal la fragilité de ses fondements. À partir d’effets marginaux, il évoque une catastrophe globale, au prix d’un monde sans gagnants, sans véritable adaptation, mais où la croissance continue, sans que ne soit jamais effectué la moindre comparaison avec un monde sans énergies fossiles. Sa précision est donc illusoire face à un réchauffement climatique qui se prête décidément mal à ce type de modélisation.
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