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Au nucléaire jardinier

Et si le nucléaire verdissait les déserts ?


Au nucléaire jardinier
D.R.

Pendant que Le Monde invite ses lecteurs à mesurer leur empreinte carbone individuelle avec un calculateur en ligne1, le chercheur Jan Eblemsvag a trouvé de nouveaux avantages insoupçonnés au développement de la filière nucléaire…


Des sommes folles sont investies dans la transition écologique.

Pourtant, comme l’expose le chercheur Jan Emblemsvåg dans un article publié dans International Journal of Sustainable Energy (novembre 2025), la politique énergétique actuelle risque fortement de ne pas tenir ses promesses. Depuis vingt ans, le monde ne s’est décarboné que de 10 % et à peine la moitié de ce résultat serait imputable aux politiques climatiques. Pendant ce temps, les émissions mondiales continuent d’augmenter. Dans ces conditions, son diagnostic est brutal : au rythme actuel, la neutralité carbone – c’est-à-dire l’équilibre entre émissions et absorptions de gaz à effet de serre – promise pour 2050 ne sera atteinte que dans deux siècles, au prix d’investissements cumulés atteignant près de 100 000 milliards d’euros. À cela s’ajoutent un quadruplement des extractions minières d’ici 2040 et une explosion des déchets électroniques.

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L’alternative qu’il propose consiste à développer massivement le nucléaire, non seulement pour produire une électricité bas carbone, mais aussi – plus inattendu – pour exploiter la chaleur résiduelle des réacteurs, aujourd’hui largement dissipée, afin d’alimenter des unités de dessalement capables de produire d’immenses quantités d’eau douce. Selon sa modélisation, un tel déploiement permettrait de transformer plus de 3 millions de km² de terres désertiques en surfaces agricoles et 10 millions supplémentaires en forêts.

L’enjeu ne serait donc plus seulement de réduire les émissions de CO₂, mais de faire de ce gaz honni un levier de production de biomasse, en accroissant les surfaces cultivables et en sécurisant l’approvisionnement alimentaire d’une population mondiale toujours croissante. On objectera que ce scénario repose sur des hypothèses ambitieuses. Sans doute. Mais persister dans des objectifs difficilement réalisables, comme on le fait actuellement, n’est pas moins risqué.

Peut-être est-il temps de préférer la physique aux incantations et d’admettre que, parfois, la chaleur d’un réacteur vaut mieux que la ferveur des slogans.

  1. https://www.lemonde.fr/chaleur-humaine/article/2026/06/02/mesurez-votre-impact-ecologique-avec-le-calculateur-d-empreinte-carbone-et-eau_6523433_6125300.html ↩︎
Juin 2026 - #146

Article extrait du Magazine Causeur




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Essayiste et philosophe des sciences

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