Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…
Nous nous trouvions, la Sauvageonne et moi, au cœur du petit centre commercial du quartier Pierre-Rollin, à Amiens. C’était en fin d’après-midi. Je laissais le temps courir comme un fou et la Sauvageonne acheter du pain à la boulangerie. J’attendais, presque paisible, peu enclin à l’effort, observateur d’un monde que je ne comprends plus. Autour de moi, les gens s’activaient. Faire les courses pour se nourrir ; acheter des bières et/ou du vin pour oublier, pour s’oublier. Certains fonçaient vers Auchan, la grande surface toute proche, de peur que celle-ci ne fermât ses portes vitrées. Soudain, mon attention fut attirée vers les hauteurs d’un bâtiment où se trouvaient des pics métalliques destinés à faire fuir les oiseaux. Un pauvre pigeon s’y trouvait empalé. Accident ou suicide ? Le mystère restait entier. La Sauvageonne revint, une baguette à la main. « Regarde ! », fis-je, en indiquant le lieu du drame. « Quelle horreur ! », s’exclama-t-elle. « C’est affreux ! » Elle devait penser la même chose que moi : depuis quelque temps, les pigeons, souvent, entrent dans nos vies et, parfois, nous créent beaucoup de soucis. Souvenez-vous, lectrices et lecteurs adulés : deux de mes chroniques précédentes, celles du 1er juillet et 16 juillet derniers, les évoquaient déjà. Dans la première, alors que nous assistions au concert de l’excellent orchestre universitaire de Picardie, devant le café Le Forum, en plein centre de la capitale picarde, nous avions observé un pigeon unijambiste qui claudiquait sur le gazon ; dans la seconde, je m’étais mis en valeur en racontant comment j’avais sauvé des eaux de la Somme, un de ses congénères, qui était en train de se noyer. Je l’avais surnommé Gaston. D’autres pigeons me revenaient à l’esprit : ceux, ramiers, que nous dénichions, mon cousin Guy (dit le Pêcheur de Nuages) et moi dans les pommiers de la pâture devant la maison de mes grands-parents maternels, au château Mignot de Sept-Saulx (Marne). Ensuite, nous les élevions dans des boîtes à chaussures avant de leur rendre la liberté. C’est si loin tout ça… Avant de quitter les lieux, je jetai un dernier coup d’œil vers le pigeon empalé et me demandai comment il avait fait pour en arriver là. Un frisson de tristesse m’envahit bien vite chassé par une autre vision, bien plus positive : la Sauvageonne, affamée, venait de croquer à pleines dents dans le croûton de la baguette. C’était si mignon ; comme un rayon de soleil. J’eus l’impression que le pigeon empalé reprenait son envol.
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