Si elle plaît au curé, la nouvelle galerie contemporaine de la cathédrale Saint-Maurice d’Angers est décriée pour sa laideur par beaucoup.
On ne nous fera pas croire qu’on ne disposait d’aucun autre moyen, d’aucun autre procédé architectural ou technique pour protéger le portail polychrome de la cathédrale Saint-Maurice que de lui infliger cette excroissance de béton, esthétiquement habile, certes, mais sans âme. À terme, l’édifice abritera une galerie. Baptisée La Galilée, croit-on savoir. Elle sera inaugurée le 9 avril prochain (voir ici).
« Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant », philosophe le fort peu chrétien Figaro. Ce qui ne l’empêcherait pas, peut-être bien, de voir dans cette prothèse massive et blafarde une forme de mauvais traitement infligé à l’esprit non seulement spirituel mais aussi esthétique et culturel qui a présidé à l’édification de ces trésors de notre patrimoine qui témoignent si haut, si fort, si idéalement de ce que nous avons, nous tous gens d’ici, en partage, croyants ou non croyants, depuis tant et tant de siècles.
Pour ce bel ouvrage, on est allé chercher un architecte Japonais, Kengo Kuma. Bien évidemment, il n’est pas question ici un seul instant de contester son talent, certainement considérable, son sens artistique, sa maîtrise, ni même sa très bonne volonté. Mais aurait-on idée d’aller chercher un spécialiste, un virtuose du Gagaku, cette musique traditionnelle de l’empire du Soleil Levant, pour revitaliser la bourrée auvergnate ? Probablement pas.
A lire aussi: Poitiers: un ex-trafiquant condamné en position éligible sur la liste de la maire écologiste
Mine de rien, nous nous trouvons une fois encore devant une manifestation de la tentation tellement contemporaine de dilution de nos particularismes civilisationnels dans un universalisme factice selon quoi tout serait égal à tout, tout serait, au bout du compte, indifférenciable, interchangeable. (D’ailleurs, à regarder l’ouvrage, il nous vient assez aisément à l’idée qu’il aurait également tout à fait convenu pour orner le parvis d’une grande mosquée, celle qu’on nous annonce du côté de Strasbourg, par exemple.)
Or, comment ignorer que c’est ainsi, par l’accumulation de tels renoncements identitaires que les civilisations périclitent et meurent ?
Pas question ici d’affirmer que toute marque de contemporanéité aurait dû être d’emblée bannie du projet. Il s’agit juste de prétendre qu’il était nécessaire que, dans son principe et dans son intention, il s’attachât à épouser la nature originelle du lieu, c’est à dire, sa spiritualité, son incomparable intensité cultuelle et culturelle. Les pierres des cathédrales sont les pierres de l’âme. Ce que ne saurait être le béton de Monsieur Kuma. Qu’il nous soit permis de le déplorer.
Le curé de la paroisse se dit séduit. C’est évidemment son droit le plus absolu. Que déclare-t-il ? « La galerie s’intègre de manière très cohérente avec l’ensemble de la perspective qu’on a en bas de la montée Saint-Maurice, ça donne quelque chose de très aérien, de très léger ».
Et si en plus cela avait pu donner quelque chose d’un peu religieux, d’un peu chrétien, d’un peu mystique, nous nous joindrions assez volontiers à sa joie.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !



