À Lyon, jeudi dernier, des rires qui dérangent… À l’approche des municipales, Jean-Luc Mélenchon a très mauvaise presse. Ses alliés de gauche prennent leurs distances avec lui ou, du moins, font bien semblant. Le leader de LFI est dans une fuite en avant: il sait que s’il y a de nombreux candidats à l’élection présidentielle, le seuil pour atteindre le second tour sera plus bas. Et, une fois face au Rassemblement national, son projet pourrait bien être de «bordéliser» la France en menant un troisième tour dans la rue.
| Dernière minute ! Errare humanum est, sed perseverare diabolicum ? Récidive. Hier soir, à Perpignan, Jean-Luc Mélenchon a plaisanté sur la prononciation du nom de son adversaire Raphaël Glucksmann, alors que des accusations d’antisémitisme avaient déjà surgi la semaine dernière après qu’il ait ironisé sur le nom de Jeffrey Epstein, suggérant, à mots à peine voilés, l’existence d’un complot destiné à dissimuler les origines juives du criminel américain… « Monsieur Glucksman et je ne sais qui encore, Glucksmann pardon…, après j’en ai pour des heures » s’est amusé le leader lfiste. Lors de sa première mention du nom de l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon le prononce « Glucksman ». Lorsqu’il se reprend ensuite, il dit « Glucksmane ». « Ok Jean-Marie Le Pen » a répliqué sur Twitter l’eurodéputé Place Publique • MP. |
Où trouve-t-il toute cette énergie ? Ou, plus sérieusement, jusqu’où ira-t-il dans la provocation, dans l’outrance et le racolage islamo-gauchiste ? Politiques reçus lors des émissions dominicales et éditocrates spécialisés ont été invités à se prononcer pendant le weekend, même si l’actualité internationale a occupé la plupart du temps d’antenne. Car oui, la semaine dernière, le leader de l’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon, avait encore frappé !
La brebis gateuse des municipales ?
Dix jours après l’agression mortelle de Quentin Deranque à Lyon, Jean-Luc Mélenchon était en meeting, jeudi 26 février, pour soutenir sa candidate Anaïs Belouassa-Cherifi aux municipales. C’est dans ce contexte déjà inflammable qu’il a tenu des propos qui lui valent aujourd’hui d’être accusé d’antisémitisme par l’ensemble de la classe politique. Il voudrait se victimiser et jouer les vilains petits canards, il ne s’y prendrait pas autrement.
Dénonçant ce qu’il considère comme un traitement médiatique hostile envers son mouvement, il a ironisé sur la prononciation du nom de Jeffrey Epstein. En multipliant les approximations volontaires — « Epstein », « Epstine », « Ennchtaïne », « Ennstine », « Frankenstine » « Frankenchtaïne » — il a suggéré que les médias adapteraient la prononciation de certains noms à des fins inavouées. Les rires nourris d’une salle de 2000 militants acquise à sa cause ont renforcé l’impression d’un sous-entendu appuyé. Pour ses détracteurs, le message était clair: évoquer, par insinuation, l’origine juive d’un nom pour nourrir une critique des médias relève de codes historiquement associés à l’antisémitisme. Décodeur : les journalistes auraient selon Mélenchon changé la prononciation du nom du criminel sexuel américain pour cacher sa confession juive, et détourner les regards vers la Russie (« Ça fait plus russe, hein… Eh beh voilà tout le monde comprend comment il faut faire… »). Le journaliste Laurent Joffrin a ainsi estimé que cette sortie dans laquelle Mélenchon joue sur les codes de l’antisémitisme et disserte sur les noms juifs devant une foule hilare le faisait ressembler à « un orateur fasciste des années 30 ». Le journaliste recevra avec sa rédaction François Hollande, Bernard Cazeneuve et Jérôme Guedj, lesquels ont sa préférence à gauche, le 24 mars prochain lors d’un évènement au cours duquel il devrait renommer son site Le Journal, dont le slogan « On peut être de gauche et avoir une bonne droite » peut désormais sembler de mauvais goût à certains par les temps qui courent.
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Le président Emmanuel Macron a, quant à lui, réagi assez sobrement en publiant sur le réseau X un extrait récent de discours tenu lors de la cérémonie d’hommage à Hilan Alimi, au cours de laquelle il avait évoqué l’antisémitisme de gauche, accompagné de ces mots : « C’était il y a quinze jours… » Olivier Faure, l’allié socialiste de Mélenchon dont la cote de popularité dans les sondages ne va jamais bien fort, a dénoncé des propos qui, selon lui, réutilisent les ressorts du fascisme : « Est antifasciste celui qui combat le fascisme, pas celui qui en réutilise les ressorts les plus dangereux ». Marine Tondelier a également pris ses distances, déclarant : « Rien ne va dans ses propos. Rien, ça suffit maintenant ! » Est-ce à dire qu’ils ne parleront plus avec les Insoumis dans l’entre-deux-tours des élections municipales qui auront lieu dans 15 jours ? Bien sûr que non. On se souvient par ailleurs que l’impayable cheffe des écolos est une grande copine du rappeur Médine. Elle avait maintenu son invitation controversée aux universités d’été de son parti à celui qui ironisait sur l’essayiste petite-fille de déporté Rachel Khan en la traitant de « ResKHANpée »… Interrogé par Le Parisien, l’avocat lyonnais et ancien responsable de la LICRA Alain Jakubowicz a indiqué que c’était selon lui la poursuite de la descente aux enfers de l’extrême gauche. « Le « Epstein » de Jean-Luc Mélenchon lui restera collé à la peau comme Durafour crématoire à celle de Jean-Marie Le Pen. » On verra bien. Mais il est vrai que ces derniers mois, les cornes du diable semblent définitivement vouloir passer de la tête de Jean-Marie Le Pen à celle de Jean-Luc Mélenchon…





Mauvaise séquence insoumise et agendas cachés
La nouvelle polémique intervient alors que La France insoumise traverse une période délicate. L’enquête sur la mort de Quentin Deranque mentionne l’implication présumée de proches collaborateurs liés au mouvement. Les responsabilités judiciaires exactes restent à établir, mais le contexte fragilise l’image du parti. Des assistants parlementaires LFI dorment en prison et on n’a plus revu le député Raphaël Arnault au Palais Bourbon depuis le drame. Mais, contre toute attente, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a décidé de soutenir son député, fondateur de la Jeune Garde, groupe « antifa » par ailleurs soupçonné de reconstitution d’association dissoute par la justice…
Dans cette séquence politique violente, il n’est pas certain que les positions des autres principaux acteurs politiques aient été tout à fait compréhensibles par le grand public qui observe la vie politique de loin. Marine Le Pen et Jordan Bardella ont déploré la mort de Quentin Deranque, mais ils n’ont pas souhaité associer leur mouvement à l’hommage rendu à ce « martyr » des nationalistes à Lyon, par crainte de la présence d’éléments radicaux. Sur LCI, vendredi soir, Jordan Bardella a essayé de se refaire en étant intraitable sur l’épisode du dérapage à connotation antisémite lyonnais : « On se croirait dans un spectacle de Dieudonné ! Jean-Luc Mélenchon est dans une dérive extrêmement grave. Il est dans un monde parallèle et on a l’impression d’assister au retour des années 30. Depuis le 7-Octobre, son mouvement a fait le choix de souffler sur les braises de l’antisémitisme dans notre pays. »
Le choix de LFI de conserver son soutien à la Jeune Garde et au député Arnault, alors que les liens avec le crime semblent évidents, est incompréhensible et accablant pour l’opinion. Les propos de M. Faure ou de Mme Tondelier condamnant l’énième outrance de notre Général Tapioca insoumis de jeudi arrivent bien tardivement et semblent insincères, après tant d’autres dérapages des élus insoumis durant le conflit opposant Israël au Hamas à Gaza ces dernières années. Les partenaires de gauche ont toujours donné l’impression de ménager la chèvre et le chou, contestant ici des propos ou là leur forme, mais ne rompant jamais véritablement avec le parti mélenchoniste par crainte d’être trop faibles électoralement sans les LFistes.
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Seul François Hollande s’en est un peu mieux tiré auprès de l’opinion, en étant très clair dès le début de la séquence Quentin. Rêvant de revenir à l’Élysée, l’ancien président et désormais député socialiste de Tulle avait, dès après la mort du militant nationaliste, tiré ses conclusions sur RTL le lundi 26 février : « Ça ne peut plus être lui, c’est terminé », avant d’évoquer « une forme de marginalité politique » dans laquelle le leader de La France insoumise se « complaît et restera ». Nous verrons bien s’il est entendu dans un mois par le reste de la gauche – qu’il a tant déçu. Trouvera-t-on encore des alliances entre LFI et le reste de la gauche pour sauver les villes menacées de basculer à droite ?
La base trinque mais tient bon
Enfin, un reportage du Monde nous apprenait ce weekend1 que sur le terrain les militants insoumis font grise mine. « On nous renvoie à la mort du militant d’extrême droite et ça bloque les discussions. Je me suis même entendu dire : Vous et vos complices vous êtes des tueurs » témoigne sous couvert d’anonymat un lfiste à Wazemmes, près de Lille, constatant que le débat est rompu avec certains citoyens. Tant qu’ils soutiennent la Jeune Garde, peut-on vraiment plaindre ces militants dont Le Monde s’apitoie du sort ? Des locaux ont par ailleurs été ciblés ou vandalisés, en province, ce qui est évidemment intolérable. « L’antisémitisme est du côté de ceux qui veulent tout ramener à ce sujet » bottait en touche le leader Insoumis, qui refuse toujours de s’excuser. « La brutalisation de la vie politique est du côté de ceux qui veulent nous faire taire à force de menaces et d’insultes à tous propos. Ils suscitent délibérément la violence contre LFI» estimait-il vendredi soir.
Samedi matin, l’actualité était passée à l’Iran et LFI, qui n’a pas manqué une nouvelle fois de la ramener, se voyait reprocher de déplorer les éventuels morts civils dans les bombardements américano-israéliens, alors qu’ils n’avaient rien dit de la sanglante répression du régime des Mollahs en janvier.
Certains en viennent désormais à réclamer la dissolution de LFI, présentée comme une mesure de salut public. Avant d’agiter des interdictions spectaculaires, commençons par nous mobiliser dans les urnes et à soutenir les adversaires du parti d’extrême gauche. Dans le camp d’en face, chez les progressistes, il est plus que temps de refuser toute compromission d’appareil avec des candidats affiliés à un mouvement qui entretient l’ambiguïté et soutient des milices dites « antifa ». On ne dissout pas des millions d’électeurs qui ont voté — ou voteront encore — pour ce mouvement. À moins, quoi ? De leur retirer leur carte d’électeur ? Leurs droits civiques ? On n’interdit pas des idées, même contestables. On les combat.
- https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/02/27/c-est-beaucoup-plus-tendu-pour-nous-comment-la-mort-de-quentin-deranque-percute-la-campagne-des-municipales-pour-la-gauche_6668572_823448.html ↩︎




