Dans les années 1980, un groupe féministe organisait dans les locaux de la librairie anarchiste du 145, rue Amelot, à Paris, une exposition de photos pour dénoncer l’utilisation du corps des femmes dans la publicité. Le copain qui tenait la boutique raconte parfois l’événement en décrivant les réactions des mecs, le nez collé aux affiches pour mieux voir les filles très court vêtues. « C’est vraiment dégueulasse ! » s’exclamaient les uns. « C’est une honte ! » répondaient les autres, avant d’afficher un large sourire en sortant.

Lorsque l’écho de la tempête médiatique pleine de bruit et de furies qui s’est abattue sur le malheureux Harvey Weinstein est arrivé jusqu’à mes oreilles, je suis allé chercher dans la presse et dans les témoignages de ses victimes quelques scènes interdites aux moins de 18 ou même de 16 ans pour retrouver le sourire en ces temps difficiles. Je n’aime pas me réjouir du malheur des autres mais là, je me demande encore où le malheur se cache.

Autant le dire tout de suite, j’ai été déçu. Rarement à Hollywood un film aura été aussi peu à la hauteur de son teasing. Peut-être faut-il attendre les procès pour connaître les détails croustillants, mais jusqu’à présent, là où on nous annonce du harcèlement, des agressions sexuelles, des viols, il n’y a même pas de quoi monter un porno soft. En tout cas, si l’on s’en tient à la lettre des récits. En revanche, si l’on observe l’esprit du temps qui s’emballe et les esprits qui s’échauffent, on peut être inquiet de voir à partir de quels faits grossit une foule où chacune, et maintenant chacun, se presse pour apporter sa pierre à la lapidation générale. Voici donc ce que l’on trouve dans les journaux quand ils interrogent les actrices sur le bonhomme, non pas en gros, mais en détails :

Asia Argento déclare dans un article du New Yorker, repris dans toute la presse française, qu’elle a eu des relations sexuelles avec Harvey Weinstein pendant cinq ans. Des relations qu’elle qualifie de « consenties », tout en expliquant « s’être sentie obligée de céder à ses avances. »
De son côté, Emma de Caunes a raconté dans le New York Times sa rencontre avec Weinstein au Ritz, en 2010. Voilà le résumé qu’en fait Ouest France : « Le producteur lui donne rendez-vous pour parler d’un rôle mais lui explique qu’il ne se souvient plus du nom du film. “Je l’ai dans ma chambre”, explique Harvey Weinstein. À force de persuasion et de faux prétextes, il finit par parvenir à la faire monter dans sa chambre d’hôtel. Une fois dans la chambre, Emma de Caunes reçoit un coup de téléphone et le pro

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Novembre 2017 - #51

Article extrait du Magazine Causeur

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