La France insoumise ne voit la violence que là où ça l’arrange. Ses députés sont à l’origine de la création d’une commission d’enquête « contre les groupuscules d’extrême droite », ignorant totalement celle de son camp. Comble de l’hypocrisie, le député M’jid El Guerrab (ex-LREM), qui avait tabassé à coups de casque un responsable socialiste, est membre de ladite commission.


La lutte contre la violence semble être devenue un filon particulièrement gratifiant dans le moment politique actuel. Elle permet à chacun de faire valoir ses points idéologiques de fixation et de déterminer le lieu de son combat, le champ de bataille qu’il s’assigne en quelque sorte, consistant le plus souvent à transformer l’adversaire politique en ennemi à abattre, ce qui est aussi une manière ancestrale de chercher à exister.

Mélenchon, ministre de l’Intérieur de Macron

C’est vrai, on le constate depuis des semaines, d’un pouvoir qui aura tout fait pour diaboliser les opposants gilets jaunes afin de justifier et légitimer la violence exercée contre eux : ils ont ainsi été accusés de tous les vices de la terre, traités de foules haineuses, d’antisémites, d’homophobes, d’islamophobes, de xénophobes, de sexistes, de racistes, de factieux (on a sorti pour l’occasion la tenue phobophobe de gala) et l’on n’aura lésiné sur aucun moyen pour tenter de les faire passer auprès du public pour une masse d’abrutis assoiffés de sang. Ce qui aura eu pour seul but concret avéré de déchaîner contre cette légitime colère populaire une répression gouvernementale d’un niveau jamais connu en France depuis la guerre d’Algérie.

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Les arrestations préventives et arbitraires, l’inanité de la justice pour garantir – ce qui est pourtant son rôle – les libertés individuelles dans cette répression politique, le nombre invraisemblable de blessés graves, notamment atteints au visage et éborgnés à l’image de Jérôme Rodrigues, mutilé tandis qu’il filmait pacifiquement la manifestation du samedi 26 janvier à la Bastille : autant de faits d’une violence qui, pour être formellement légale, n’a rien de civiquement légitime et qui fait de plus en plus l’objet d’une vigilance citoyenne et journalistique accrue grâce, par exemple, à l’excellent et minutieux travail du journaliste David Dufresne, en attendant que le monde judiciaire veuille bien se réveiller.

Cette instrumentalisation de la lutte contre « la violence » est vraie également de la France insoumise (LFI) qui a obtenu, au titre du droit de tirage, la constitution d’une commission d’enquête à l’Assemblée nationale ayant pour objet « la lutte contre les groupuscules d’extrême droite ». La proposition de résolution des députés LFI l’assure sans trembler : « Depuis quelques mois, des groupuscules d’extrême-droite agissent en toute impunité dans le pays. […] L’État français doit impérativement réagir face à ces violences et prendre la mesure des menaces de mort que ces groupes d’extrémistes profèrent. […] Tous ces groupes ont en commun la violence, l’incitation à la haine raciale, homophobe et sexiste. » Ce qui ne risquait pas de rencontrer une grande hostilité de la majorité macronienne qui tient de cette obsession contre l’extrême droite son principal fond de commerce et son unique moteur électoral : en période de campagne, cela ne saurait nuire.

Qui enquêtera sur les camps d’été décoloniaux ?

Voici donc la nouvelle colonne Durruti de l’assemblée insoumise en grande marche contre le fascisme. A priori, pourquoi pas, se dit-on, si le danger est avéré et réel. Sauf qu’en lisant la proposition de résolution des députés LFI, on découvre certes quelques actes en effet inacceptables, mais certainement pas de quoi constituer une commission d’enquête de 30 membres qui, sur l’argent du contribuable, devront en réalité se pencher sur des faits de violence d’une manière bien partielle et partiale et parfois totalement contestable, voire imaginaire. En effet, si les agressions caractérisées doivent être condamnées et punies comme le prévoit déjà le Code pénal, on est surtout frappé par leur faible nombre tel qu’énuméré dans le document de travail. D’autres faits considérés comme insupportables par LFI ne comportent, quant à eux, aucun acte de violence et leur dénonciation procède donc en réalité de la surveillance politique et de la désapprobation idéologique, comme par exemple ce rassemblement de l’Action française au château d’Ailly en août 2018 dont on ne comprend pas trop bien ce qu’il vient faire ici sauf à vouloir empêcher les gens de se rencontrer librement et selon leurs goûts. On y trouve également mentionnée l’action menée au Col de l’Echelle par Génération identitaire pour lutter contre l’immigration clandestine, action qui n’a aucunement constitué un fait de violence (même si elle peut sembler moralement choquante à certains qui pensent différemment), n’a même visé qu’à faire appliquer la loi en matière de contrôle des frontières et n’a donc aucun rapport avec rien dans cette commission, sauf à dire explicitement ce qu’est cette dernière : à savoir un outil liberticide de plus pour lutter contre les libertés publiques, les autres actes réellement violents et condamnables tombant naturellement sous le coup de la loi et ne nécessitant aucunement la constitution de cette énième usine à gaz. La France insoumise n’apprécie visiblement pas que des gens ne partageant pas les mêmes convictions qu’elle se rassemblent l’été entre eux. On aurait aimé alors qu’une pareille indignation émeuve les amis de Madame Obono quand se tiennent des camps d’été décoloniaux interdits aux Blancs, ce qui, pour le coup, constitue un fait particulièrement grave et ouvertement discriminant. Bizarrement, on ne les a pas entendus.

La violence et l’instrument de la violence

La France insoumise, appuyée dans sa démarche par la majorité LREM, qui partage avec elle ce même ADN idéologique, semble par ailleurs frappée, dans son noble combat contre la violence, d’un curieux phénomène d’indignation hémiplégique, puisque tous les innombrables faits de violence commis par des groupuscules d’extrême gauche depuis des années en France, et notamment en marge des manifestations sociales, ne semblent pas poser le moindre problème.

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Le climat violent actuel aurait pourtant permis d’établir un consensus transpartisan autour de la constitution d’une commission d’enquête visant l’ensemble des groupuscules concourant à cette violence. Le but n’est donc pas de lutter contre la violence, et encore moins de ne pas être partisan, mais bel et bien de viser un camp politique en espérant remonter, par capillarité réticulaire, jusqu’à la principale force d’opposition à Emmanuel Macron, à savoir le Rassemblement national (RN), rôle de principal opposant que la France insoumise lui jalouse âprement (actuellement à 9,5% dans les sondages pour les européennes et 4ème de la dernière élection présidentielle).

Le député-frappeur El Guerrab (ex-LREM) membre de la commission contre la violence

Là où l’affaire devient franchement tragi-comique, c’est lorsqu’on apprend que le député M’jid El Guerrab a été désigné pour faire partie de ce comité Théodule des obsessions insoumises. Monsieur El Guerrab, c’est celui-là même qui, en 2017, avait défoncé le crâne d’un de ses contradicteurs à coups de casque de moto, le socialiste Boris Faure, lequel s’était retrouvé en soins intensifs avec un pronostic vital engagé, de très profondes blessures et deux mois d’ITT. Malgré ce geste d’une rare violence, le député forcené n’a toujours pas été sanctionné (il est toujours député, désormais sans étiquette) ni encore jugé (la justice anti-violence étant visiblement plus lente avec certains types d’individus qu’avec  d’autres…). Pour sa défense, le député de la 9ème circonscription des Français de l’étranger pour le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest invoque des propos prétendument racistes tenus par le socialiste : avec un peu de chance et d’audace, il pourrait presque assimiler sa victime à un groupuscule d’extrême droite…

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Tout dans cette affaire est à la fois caricatural et symptomal. Que ce Monsieur se sente légitime à intégrer une commission contre les violences en dit déjà long sur un certain sentiment de toute puissance et d’impunité qui n’est pas sans rappeler les agissements d’un certain Alexandre Benalla, modèle d’homme visiblement très prisé dans certains cercles. Que LFI et LREM n’aient pas jugé bon de l’écarter manu militari de cette commission au motif des violences qu’il avait perpétrées, révèle s’il en était encore besoin l’indignité et la malhonnêteté intellectuelle de ce militantisme partisan qui n’a cure d’être exemplaire.  Encore et toujours le deux poids deux mesures, encore et toujours les indignations sélectives, encore et toujours le « faites ce que je dis, pas ce que je fais », encore et toujours la culture de l’excuse pour les uns et l’intransigeance pour les autres : soit exactement tout ce que la fronde populaire actuelle combat d’injustice et d’indignité.

Sauf peut-être à considérer que nos redoutables experts de la lutte antifasciste aient voulu faire appel à un spécialiste, un pro de la violence, après tout, en ces temps troublés, rien de tel que l’expérience de terrain.

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