Deux anciens policiers du 36, quai des Orfèvres ont été condamnés à 7 ans de prison, le 31 janvier dernier, pour le viol d’une touriste canadienne en 2014. Réflexions sur un verdict attendu. 


Le procès dit du « 36, quai des Orfèvres », où deux policiers, anciens de la BRI, étaient accusés du viol d’une touriste canadienne, vient de se terminer par leur condamnation à sept ans de prison. Les débats, les postures des protagonistes du procès et le verdict paraissent tellement en accord avec l’air du temps qu’ils en deviennent suspects. Il me semble que les décisions de justice devraient donner un sentiment d’intemporalité plus marqué. Sinon être gravées par le marbre pour l’éternité, du moins refuser trop d’accointance avec les idées en vogue. Les deux cours successives qui ont condamné Jacqueline Sauvage rompaient avec le féminisme tout-puissant d’aujourd’hui. L’affaire du « 36, quai des Orfèvres » est exactement l’inverse de l’affaire Sauvage aux yeux de l’opinion. Son verdict va exactement dans le sens du courant dominant, personne n’osera s’élever contre cette sentence et il n’y a aucune chance que le président Macron gracie les deux condamnés.

Quand les médias protègent les lecteurs de « l’écœurement »

Première gêne : le ton dégoûté sur lequel les journalistes ont raconté ce procès. Le  chroniqueur du Figaro du 28 janvier ne sait plus quels détails donner ou ne pas donner sur ce viol présumé « pour éviter aux lecteurs l’écœurement qui submerge le banc de la presse ». Exquise délicatesse. Ni ces pudiques journalistes ni leurs lecteurs n’ont jamais consulté un site porno. Pourquoi ce mépris ? Les détails crus de cette histoire de drague qui a mal tourné parlent ouvertement du désir entre hommes et femmes et du consentement sexuel, qui fut à l’aurore de notre humanisation. Le jour où homo sapiens a pensé qu’il valait mieux demander à femina sapiens la permission de lui faire l’amour, en pensant que les ébats s’en trouveraient plus paisibles et finalement plus satisfaisants, l’humanisation a fait un grand bond en avant, beaucoup plus grand qu’avec l’utilisation du feu ou la domestication du loup en chien.

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Le consentement sexuel n’est pas seulement passionnant d’un point de vue anthropologique, il est une mine inépuisable pour le romancier. « Tu veux ou tu veux pas ? » est la question essentielle de La Duchesse de Langeais de Balzac et le pauvre général de Montriveau devient fou des refus de sa bien-aimée. Les pages où Proust raconte la séduction de Jupien par le baron de Charlus (il s’agit là bien sûr de consentement homosexuel) sont parmi les plus belles et les plus drôles de La Recherche. Le vieux baron est longuement comparé à un bourdon qui tourne patiemment autour de la fleur rare et difficile à trouver qu’il veut pénétrer et féconder.

Souvenirs flous, verdict net

Alors, consentement ou pas dans le parcours entre le pub irlandais le Galway et cette salle du 36, quai des Orfèvres où les deux policiers ont fait l’amour à Emily S. ? Les témoignages de la serveuse américaine du pub posent un problème. Elle a reculé entre ses premières déclarations et ses témoignages au procès, et ce recul est chaque fois à charge contre les policiers. L’Obs du 22 janvier rapporte : « « Vous disiez que mademoiselle S. avait embrassé sur la bouche par un french kiss Monsieur R. ? » Ce souvenir-là est flou chez le témoin. « Vous disiez : elle a embrassé à pleine bouche plusieurs membres du groupe. » Là non plus, la serveuse n’a plus la mémoire suffisante pour confirmer on non. » Bizarre. Une réponse à la police pendant une enquête préliminaire est-elle si anodine qu’on puisse aussi facilement l’oublier ? Je crois au contraire que l’émotion éprouvée lors d’un moment qu’on n’a pas l’habitude de vivre tous les jours fixe les souvenirs dans la mémoire. Entre l’enquête et le procès, Leslie ne s’est-elle pas réglée sur l’impitoyable doxa féministe du moment : les femmes sont toujours victimes, et n’a-t-elle pas été jusqu’à censurer sa propre mémoire ?

Les discussions sur la validité d’un consentement féminin ressemblent de plus en plus à la casuistique jésuite de pardon des péchés en vogue au XVIIe siècle. On épluche à l’infini chaque détail et on finit par déclarer que chaque cas est particulier. Sauf que les Jésuites r

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